Bertrand D

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Il était une fois… le Manitoba. Vous connaissez le Manitoba ? Moi non. Mais je peux vous raconter que c’est une province du Canada, une zone de collines érodées par la glaciation, que l’agriculture y est fondée sur les céréales et l’élevage de bovins, que l’on y trouve du nickel, du cuivre, du zinc et de l’or, qu’il se trouve un aéroport international à Winnipeg, qu’il est devenu colonie britannique en 1870, et que, selon Zette et Jocko, il ne répond plus depuis 1936. Tout ceci ne sert pas à grand-chose dans votre vie quotidienne, ni dans celle de Bertrand D. Mais Bertrand D pourrait vous en parler pendant des heures. Une activité qu’il pratique depuis des années, devant les publics les plus divers. Disserter sur des sujets auxquels il ne connaît rien est une de ses spécialités. Certaines de ses chroniques le prouvent amplement : écouter le disque dont il va parler est parfois un effet collatéral.

Certes, la musique est du plus haut intérêt pour lui : c’est avec elle qu’il gagne sa vie. Bertrand D est né avec une otite à chaque oreille : cette entrée douloureuse dans la vie active a probablement orienté son intérêt vers ce qui passait par le conduit auditif. Et la musique, il l’a pratiquée. Mais quand il a cessé toute activité d’instrumentiste, il a constaté avec amertume que le monde de la musique n’avait absolument pas changé, preuve que sa contribution devait être extrêmement minime. Depuis, Bertrand D, la musique, il en parle. Ce qui correspond bien à un trait de sa personnalité : il ne fait pas, il dit ce qu’il faudrait faire. Dans « Amicalement Vôtre », il n’est ni Sinclair, ni Wilde, c’est le juge Fulton. Dans « Le Manège Enchanté », ce n’est pas Pollux, c’est Zébulon. Dans le Parti Socialiste, il a le choix.

Quand il parle ou qu’il écrit, Bertrand D gaspille beaucoup d’énergie à chercher des termes inattendus. Là où le commun des mortels emploierait impassible, il préfère impavide. À bombance, il préférera ribote. Plutôt qu’absurdité, Bertrand D optera pour coquecigrue. Dans une de ses dernières chroniques, tortue est remplacé par le plus ésotérique chélonien. Bertrand D ne désespère pas d’utiliser bientôt Heptaparaparshinokh ou Trogoautoegocrate. Ceci a deux conséquences : rendre certaines de ses chroniques totalement incompréhensibles, et, ce qui revient peut-être au même, donner aux mêmes chroniques une profondeur inattendue et bien venue vu le caractère étique du propos. Quand il ne parle pas de musique, Bertrand D ne fait pas grand-chose. Certains s’intéressent au sport, mais c’est un domaine qui lui est totalement étranger. Encore à l’heure actuelle, seule la présence d’un filet lui permet de distinguer à coup sûr le football du waterpolo. Les réparations domestiques le font fuir : lui offrir une perceuse à Noël est un cas de divorce. Le travail manuel, de manière générale, le tente peu : ni ciseaux, ni plioir en os, ni crayons aquarelle dans la panoplie de ses loisirs. Non, pour se divertir, Bertrand D lit ou fait la cuisine. Avec l’éclectisme qui le caractérise, Bertrand D lit n’importe quoi. Et cuisine n’importe quoi. Mais avec panache.

Peu habitué à gérer sa propre hagiographie, Bertrand D a, à ce stade, réussi à caser 11 fois Bertrand D (12) dans ce texte de présentation. Ce qui va à l’encontre d’une autre de ces qualités majeures : l’humilité. Il va donc s’en aller sur la pointe des pieds : parfois, Bertrand D travaille.

 

Mon univers :
  • Un film : « Drowning By Numbers » de Peter Greenaway (1987)
  • Un disque : « Ambient 1 : Music For Airports » de Brian Eno (1978)
  • Un livre : « Fictions » de Jorge Luis Borges  (1944)
  • Une douceur : Le wasabi

 


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