Bachar Mar-Khalifé : Ya Balad


LA TOISON DORT ET LE PAYS BÉE

Pochette de Ya Balad par Bachar Mar-Khalifé

Héraldique, musique, géopolitique. Au-delà de la rime (certes, faible), ces disciplines sont toutes trois affaires de passionnés, dans lesquelles les détails et mécanismes de précision revêtent une importance particulière. Pour ma part, aigles, vouivres et lions d’armoiries me laissent froid. En revanche…

 

En revanche et comme l’aurait dit Sully, j’ai su assez vite que musique et géopolitique constitueraient les deux mamelles de ma vie (je sais, l’image est particulière). D’ailleurs né à la fin des années 70, j’ai forcément grandi avec « l’affaire des otages au Liban », en 1985. Mais si les noms de Philippe Rochot et Jean-Pierre Kaufmann résonnent encore à mes oreilles, ce sont pourtant bien d’autres sons que le pays du cèdre évoque en moi aujourd’hui : j’ai déjà parlé du récent « Kalthoum » d’Ibrahim Maalouf mais le tableau ne serait pas complet sans l’univers vibrant de Bachar Mar-Khalifé. À l’instar de son presque compatriote jazzman, le Franco-libanais a grandi dans une famille de musiciens, son père Marcel et son grand frère Rami menant chacun une carrière internationale sur leur instrument respectif. Et s’il est des constantes dans l’œuvre de ces musiciens, ce sont bien pour moi l’ouverture d’esprit et la curiosité sans bornes. Papa Marcel l’expliquait simplement : « Au Liban, nous avions un mariage des cultures islamique et chrétienne. Cela m’a beaucoup aidé à former ma prise de conscience musicale ».

Force est pour moi de constater que Bachar a suivi la voie tracée par son père, tant j’ai l’impression d’avoir entre les oreilles un disque pensé sans aucune barrière de langue ou de culture. Et alors que chez nous l’identité nationale devient un phénomène de mode nauséabond, le bien nommé « Ya Balad » (mon pays) constituerait ici la trame parfaite d’un métier à chanter sur lequel les fibres d’Orient et d’Occident se croiseraient pour ne donner qu’un seul tissu. Comme une sorte de toison d’or. Le musicien pose sa voix à la fois sur des rythmiques électro, des arpèges de piano et des sonorités beaucoup plus traditionnelles, mais là encore bidouillées comme pour en extraire une quintessence. À elle seule, la chanson-titre me fait faire immanquablement le grand écart, un pied au conservatoire de Paris, l’autre au pied des minarets de Beyrouth l’immortelle. Bachar Mar-Khalifé réussit donc son pari : un grand écart de 3200 kilomètres sur trois pieds. Moi j’ai déjà du mal à faire des pompes alors…

 

La vidéo officielle du single Layla


11 titres / 47 mn (InFiné) – Sortie le 23/10/2015

Bachar Mar-Khalifé : Voix, tous instruments – Golshiftheh Farahani : Voix

Produit par InFiné

En savoir plus : www.bachar-mar-khalife.bandcamp.com


One Comment on “Bachar Mar-Khalifé : Ya Balad

  1. Superbe ! Avec une vidéo renversante !
    Et j’aime décidément beaucoup la musique de cette langue !

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