Steve Reich : WTC 9/11


APRÈS LA CATASTROPHE

Pochette de WTC 9/11 par Steve ReichLes grandes catastrophes sont antipathiques. Elles tuent plein de gens, traumatisent durablement et nous obligent à relativiser nos petites misères quotidiennes. Quand je peste devant mon évier bouché, penser au Titanic me calme.

 

J’en ai déjà parlé ici, du Titanic, d’ailleurs. Si le gros glaçon n’avait pas été là, Gavin Bryars n’aurait jamais écrit ce chef-d’œuvre qu’est The Sinking Of The Titanic. Parce que les grandes catastrophes peuvent inspirer, aussi. Elles poussent à parler. Cette fois-ci, c’est Steve Reich qui s’y colle. En ce jour où je tape cet article, le cher homme fête ses quatre-vingts ans. Sans qu’aucune baisse de régime ne se sente dans sa production, comme le montre WTC 9/11, composé en 2010, en hommage aux victimes de l’attaque du World Trade Center, le 11 septembre 2001. Un titre dont les initiales semblent évidentes, mais, comme souvent chez Steve Reich, ce n’est pas si simple. Dans le dernier mouvement des trois, il s’inspire de son ami David Lang (vous savez, le Lang de Gordon, Lang & Wolfe…) qui avait produit en 2003 une pièce intitulée World To Come

Écrite pour quatuor à cordes et bandes enregistrées, la pièce est à la fois émouvante et anxiogène, mélangeant aux sonorités des cordes l’alarme d’un téléphone que plus personne ne raccrochera, les voix d’archives du commandement de la Défense aérospatiale et des pompiers de New York, les voisins de Reich lui-même, et la voix du premier ambulancier arrivé sur place (comme quoi arriver premier ne nous sauve pas toujours de la misère du monde). Dans sa globalité, tout cela ne dure que seize minutes, mais des minutes d’une densité rare. Pour compléter le programme, une autre pièce pour quatuor et bandes, plus ancienne (1988) : Different Trains. Steve Reich y expérimentait avec les possibilités musicales de la voix parlée, un domaine qu’il n’allait plus cesser d’explorer par la suite. Le caractère nostalgique de cette œuvre, où Reich utilise, entre autres, la voix de la gouvernante de son enfance, pour évoquer ses trajets en train entre New York, où résidait son père, et Los Angeles, où vivait sa mère, est contrarié par l’ombre d’une autre catastrophe : celle des trains que des enfants juifs d’Europe empruntaient à la même époque… Un disque hautement recommandable pour se rappeler qu’il y a pire qu’un évier bouché.

 

Une version plus ancienne par le Kronos Quartet


6 titres / 43 mn (Megadisc) – Sortie le 09/09/2016

Quatuor Tana (Antoine Maisonhaute & Ivan Lebrun : Violon – Maxime Desert : Alto – Jeanne Maisonhaute : Violoncelle) et bandes préenregistrées

Produit par Serge Thomassian

Pour en savoir plus : www.stevereich.com


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