Alexandre Saada : We Free


FLAMME LIBÉRÉE

Pochette de We Free par Alexandre SaadaC’est bien connu, les réceptions de l’Ambassadeur sont toujours un succès. Mais c’est oublier un peu vite les soirées d’Alexandre Saada, qui valent aussi leur pesant de cacahuètes. En plus, lui en fait un album envoutant : nous l’allons vous montrer tout à l’heure.

 

Il faut dire que le petit Alexandre ne fait pas les choses à moitié quand il invite ses copains à la maison. Imaginez plutôt : à la fin de l’hiver 2016 (merci Papa pour la facture de chauffage !), le pianiste convie vingt-neuf musiciens dans un studio parisien pour jamer ensemble. A part lui, personne ne sait qui sera présent (là au moins, Maman économise sur les cartons d’invitation…), personne ne sait non plus à quoi ressemblera la partition, puisqu’il n’y en a pas (… et sur les feuilles de papier musique, donc). Sur place, deux batteries, un piano, une forêt de micros et, au centre du studio, un tapis jonché de percussions et instruments divers destiné à être investi par tous à tour de rôle. Très vite arrivent les saxophones, trompettes, flûte, guitares, accordéon, contrebasse… pour une longe et chaleureuse virée dans l’inconnu, qui commencera à 19H00 et se terminera tard dans la nuit, vers 1H00 du mat’. L’album « We Free » constitue donc le témoignage vibrant de ces cinq heures d’improvisation collective, pendant lesquelles le temps semble s’être parfois bel et bien arrêté.

Je n’ai jamais été un grand féru de free-jazz, ayant besoin d’un minimum de mon petit confort et de sécurité pour me sentir comme à la maison. Je sais, c’est nul mais c’est comme ça, na. En cette belle période de primaire électorale à gauche cependant, l’impression qui prédomine, dans la cathédrale sonore qu’est le disque de Saada, c’est une volonté de créer ensemble comme une symphonie improvisée, une véritable ode à la liberté musicale, loin de toute déconstruction nihiliste. L’ambiance est au partage, pas ou peu de solos au sens classique du terme. Chacun apporte sa pierre à l’édifice, à mon sens un des plus beaux que la musique puisse permettre : jouer et créer ensemble. Mention spéciale au passage à l’énorme travail d’organisation, de captation et de sélection pour pouvoir sortir cet ovni du début d’année. Alors bien sûr, on ne va pas se mentir : l’enregistrement regorge de ces tâtonnements propres à l’improvisation collective, ces moments où l’on se cherche, ces tentatives ratées de monter pièce par pièce un chef-d’œuvre inattendu. Mais il y a surtout des moments forts qui défient toutes les théories musicales, des moments que les tâtonnements précités rendent encore plus magiques : pourquoi là, à ces instants précis, a-t-on les poils qui se dressent à ce point ? Une seule chose est sûre : en 2017, l’Ambassadeur n’aura qu’à bien se tenir.

 

L’enregistrement de Part II, un des moments forts de « We Free »


11 titres / 79 mn (Promise Land) – Sortie le 15/11/2016

Sophie Alour, Olivier Témime & Tosha Vukmirovic : Saxophones – Julien Alour & Florent Briqué : Trompette – Sébastien Llado : Trombone – Jocelyn Mienniel : Flûte – Illya Amar : Vibraphone – Philippe Baden Powell, Macha Gharibian, Tony Paeleman & Alexandre Saada : Piano – Marc Berthoumieux : Accordéon – Martial Bort, Alex Freiman & Olivier Louvel : Guitare – Gilles Coquard & Julien Herné : Basse – Chris Jennings & Dominique Lemerle : Contrebasse – Larry Crocket, Olivier Hestin, Ichiro Onoe, Antoine Paganotti & Laurent Robin : Batterie – Malia, Meta & Clotile Rullaud : Voix

En savoir plus : www.alexandresaada.com


2 Comments on “Alexandre Saada : We Free

    • N’est-ce pas ?
      Un peu comme si l’équivalent de deux big bands jouaient ensemble sans avoir rien préparé…
      Merci d’avoir écoute, Ilse ! 😉

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