Jacco Gardner : Somnium


VOYAGE COSMIQUE CHEAP

Pochette de Somnium par Jacco GardnerComme tous les ans, il faut prendre des résolutions. La mienne ? J’arrête de critiquer la musique dite électronique, à la manière dont je m’y prenais jusqu’ici. Une explication s’impose, non ?

 

 

Faites le test vous-même : placez sur votre platine vinyle un disque, par hasard « Ricochet » de Tangerine Dream, imprégnez-vous une minute de l’atmosphère musicale puis remontez le bras, laissez-le tomber délicatement au hasard plus loin… Normalement, là, vous aurez cette réaction : « t’entends une différence, toi ? ». Le mécréant, inculte et iconoclaste que je suis, a donc la tâche de vous inviter à rentrer pleinement dans l’atmosphère de prime abord totalement inattendue prise par le jeune prodige néerlandais de la pop psychédélique revival qu’est Jacco Gardner. On a souvent cet adage du danger du troisième album, eh bien là, Jacco a délibérément pris le risque d’aller à rebrousse-poil de ses fans addicts à ses mélodies rétros sucrées nimbées de rêves. Pire encore, ce disque est totalement instrumental ! Pourtant, en réécoutant son avant-dernier album, sorti tout de même en 2015,  j’y ai trouvé à l’aune de l’actuel quelques prémices. Jugez par vous-même avec l’intro de Another You, le climax ambiant final de Face To Face, la litanie lysergique de Before The Dawn ou voire même ce quasi instrumental qu’était la chanson titre Hypnophobia. Jacco était alors – mais c’est semble t-il toujours le cas – en peur panique face au sommeil, je le dis car cela peut faire sourire par rapport à la suite de mon propos. Bref, pour en revenir à notre album de 2018, il s’organise dans de légères variations d’un thème général, des crescendos de quelques notes (électroniques, mais aussi de guitares) portées aux cieux telles des astronefs dont le but ultime serait la Lune. A l’heure où la Chine a réussi par elle-même et avant les autres, cet exploit de poser un module Chang’e 4 sur la « dark side of the moon », le fait d’aller voyager musicalement sur notre magnifique satellite est d’actualité.

L’ambiance générale et le titre « Somnium », qu’on peut traduire par « songe » (pour celles et ceux qui suivent), sont directement puisés au sein d’une œuvre littéraire considérée comme fondatrice de la science fiction. Non, je n’évoque pas ici notre Jules Verne national, mais Johannes Kepler (1571-1630), astronome allemand, un contemporain de Galilée réputé pour avoir travaillé sur les orbites elliptiques des corps célestes. A titre posthume, en 1634 le fils Kepler exhume « Somnium, seu opus postumum de astronomia » (« Le Songe ou l’Astronomie lunaire »). Ce roman, fruit de son long travail sur Levania (la Lune), permit au lecteur d’alors, et 335 ans avant Neil Armstrong, de contempler notre Terre depuis l’espace. Tiens mais c’est vrai, cette année on va également fêter, en plus de Woodstock, les 50 ans des premiers pas de l’Homme sur la Lune ! Je suis toujours heureux d’apprendre l’existence de tels ouvrages, de me plonger dans des univers qui ne me sont pas naturellement familiers, comme la physique ou l’astronomie, via l’écoute et l’étude d’un simple album. Ainsi, en faisant quelques menues recherches pour bien cerner le sujet, ai-je noté que Kepler n’est pas le premier à avoir emmené l’Homme sur la surface froide de Levania. Car déjà au IIème siècle, Lucien de Samosate (120-180) avait gratuitement offert l’alunissage dans ses « Histoires Vraies ». Aujourd’hui, pour le prix d’un album ou d’un concert (que je risque très fort de ne pas voir en Cévennes) conçu et pensé en quadriphonie, ce voyage sonore lunaire n’attend plus que vous.

 

Jacco Gardner interprète Rising en live


12 titres / 42 mn (Full Time Hobby) – Sortie le 23/11/2018

Jacco Gardner : Tous instruments – Nicola Mauskovic : Percussions

Produit par Jacco Gardner

En savoir plus : www.jaccogardner.com


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