Gavin Bryars : The Sinking Of The Titanic


LES FEMMES ET LES ENFANTS D’ABORD

Pochette de The Sinking Of The Titanic par Gavin BryarsCertaines catastrophes ne semblent arriver que pour permettre les créations futures. Si Ponce Pilate avait pris une autre décision, jamais Joseph Haydn n’aurait pu écrire « Les Dernières Paroles Du Christ Sur La Croix ».

Adolph Hitler n’est peut-être né que pour que quelqu’un tourne « Le Jour Le Plus Long ». L’esclavage pour qu’Elvis Presley puisse chanter Mean Woman Blues. Là je prends peut-être des raccourcis, d’accord. Néanmoins, en 1912 le plus grand transatlantique du monde appareille, dans l’espoir d’accomplir la traversée la plus rapide de l’Atlantique Nord. Le Titanic, pointe de la technologie moderne, est en route pour la gloire. Malgré tout, dans la nuit du 14 au 15 avril, c’est l’iceberg qui gagne. Plus de 1500 personnes y trouvent la mort. L’orchestre du bord est censé avoir joué jusqu’au bout, accompagnant la disparition du navire par un hymne dont l’identité a été longtemps sujette à caution, les témoignages des survivants ne concordant pas. En 1969, le compositeur anglais Gavin Bryars recoupe les différentes hypothèses, prend acte des thèses de Guglielmo Marconi selon laquelle les sons, une fois émis, ne disparaissent jamais tout à fait (il suffirait de disposer d’appareils suffisamment sensibles pour entendre à nouveau le sermon du Christ sur la Montagne) et entreprend l’écriture de ce monument d’engloutissement qu’est « The Sinking Of The Titanic ».

À ma connaissance, son premier enregistrement date de 1975 et avait été publiée sur le label Obscure de Brian Eno. J’ai longtemps possédé cette version, regrettant que le format vinyle n’en autorise qu’une version de vingt-cinq minutes (un peu court pour qu’un pareil transatlantique s’enfonce). Depuis, les versions CD se sont multipliées, portant à plus d’une heure la durée de la pièce. Parmi les cinq (?) enregistrements réalisés jusqu’à aujourd’hui, j’ai sélectionné celui réalisé à la Biennale de Venise, en 2005, pour lequel les platines de Philip Jeck ajoutent encore une granulosité électro-acoustique à la contrebasse de Gavin Bryars et aux instruments de l’ensemble Alter Ego. Prévoyez du temps pour l’écoute, nous en sommes ici à soixante-treize minutes. Toute notre reconnaissance irait à l’iceberg si les catastrophes n’avaient le défaut majeur de provoquer la mort des gens. Vous avez raison : sans doute faudrait-il trouver d’autres sources d’inspiration. Pendant les fêtes, j’ai prévu d’expérimenter avec une cuvette, un bateau Playmobil et des glaçons. Je verrai bien si ça me donne des idées.

Un court extrait


1 titre / 73 mn (Touch Tone 34) – Sortie le 09/01/2008

Gavin Bryars : Contrebasse – Philip Jeck : Platines – Ensemble Alter Ego

En savoir plus : www.gavinbryars.com


2 Comments on “Gavin Bryars : The Sinking Of The Titanic

  1. Indubitablement, cela donne envie d’écouter. Je crois que le premier de l’an, en effet, après le naufrage collectif annuel obligatoire, ce sera une écoute pertinente !!!!

  2. Pingback: HÅKON STENE : Lush Laments For Lazy Mammal | LesVeillesMusicales

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