Logan Richardson : Shift


UN AMÉRICAIN À PARI

Pochette de Shift par Logan RichardsonJe sais, je sais. Ma dernière chronique remonte déjà à une quinzaine de jours et vous commenciez à vous ennuyer. Oh je vois déjà les plus moqueurs mettre mon absence fâcheuse sur le compte d’un trop-plein d’œufs de Pâques à digérer. Pourtant, il n’en est rien.

 

C’est la grippe qui m’a maintenu contre mon gré sous la couette, d’où j’aurais certes pu vous écrire. Mais c’est qu’il me fallait au moins tout ce temps pour intégrer complètement l’œuvre de Logan Richardson, dont je vous présente aujourd’hui le nouvel album. Si l’on pourrait penser à tort qu’il a un nom de basketteur, Richardson n’a pas plus à voir avec une marque de voiture à bas coût. À Bakou non plus d’ailleurs, puisque c’est entre New York et Paris que l’Américain partage son temps, un temps qui doit lui être compté, en jazzman très demandé qu’il est aujourd’hui des deux côtés de l’Atlantique. Le saxophoniste a en effet déjà soufflé pour ses compatriotes Gerald Clayton (sur l’album « Life Forum »), ou pour les batteurs Joe Chambers ou Nasheet Waits (qui tient d’ailleurs les fûts ici), mais aussi pour le français Tony Tixier. Mais pour le troisième opus de sa carrière, c’est bien lui le chef.

Riche, la musique de Logan Richardson foisonne de mélodies qui n’en sont pas vraiment et de morceaux totalement déstructurés. La section rythmique fait un job impeccable, mélange à la fois de solidité et de patterns claudicantes que drive un Nasheet Waits des grands jours. Jason Moran offre le canevas harmonique idéal aux deux frontmen et l’humble Pat Metheny apporte une sonorité reconnaissable, un sens du gimmick et de l’improvisation juste qu’on lui sait. Parce qu’il laisse s’exprimer ses musiciens d’une part, l’altruiste altiste obtient un son unique aussi parce qu’il mêle à la perfection ses propres influences et origines. Alliant l’exubérance rythmique du jazz américain à la prise de risque mélodique d’un jazz européen, Richardson obtient ici un son unique en se posant comme un trait d’union entre les deux courants principaux du jazz mondial actuel. Un jazz qui reflète toujours son époque puisqu’au milieu des compositions du leader, on trouve une reprise du tube de Bruno Mars Locked Out Of Heaven, absolument méconnaissable, étirée en longueur et triturée dans tous les sens. Un peu comme si l’on jouait la Marseillaise en reggae, les Beatles en marche hitlérienne ou du Morrissey en mariachi par exemple. Bon j’avoue, tout cela est un peu fou mais c’est le Spasfon qui me fait encore délirer.

 

La vidéo officielle du single Slow


11 titres / 59 mn (Blue Note) – Sortie le 26/02/2016

Logan Richardson : Saxophone alto – Pat Metheny : Guitare – Jason Moran : Piano – Harish Raghavan : Contrebasse – Nasheet Waits : Batterie

Produit par Chris Dunn & Logan Richardson

En savoir plus : www.loganrichardson.global


One Comment on “Logan Richardson : Shift

  1. Je me disais aussi que la guitare ressemblait à du Pat Metheny ! 😉
    M’en vais écouter l’album, je suis curieuse …
    Merci pour la découverte !

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