San Fermin : San Fermin


LE TAUREAU PAR LES CORDES

Pochette de San Fermin par San FerminEllis Ludwig Leone est un architecte. À l’image de Jef Barbara, déjà rencontré sur LVM, le jeune pianiste de Brooklyn a reçu, en plus d’une formation musicale complète, un patronyme prémonitoire. Entre western spaghetti et brillante composition baroque, le cœur de San Fermin balance.

 

Voilà un disque qui fait partie de ceux qu’il faut savoir apprivoiser et j’ai dû, au fur et à mesure des dix-sept titres qui composent cette œuvre consistante, prendre patience pour laisser la musique s’installer au creux de mes petites oreilles. Voilà aussi un disque qui fait partie de ceux dont on sait qu’on les fera tourner longtemps encore sur nos platines (enfin nos lecteurs mp3, baroque peut-être mais pas arriéré…) pour en découvrir à chaque écoute les détails qu’on n’avait pas encore saisis. Véritable chef d’œuvre de composition que l’on doit donc à un seul petit homme de 24 ans, qui a su construire pierre par pierre un édifice à la gloire de ses nombreuses inspirations. Et moi qui suis en général du genre à me représenter des images en écoutant mes artistes favoris, j’ai été surpris de me rendre compte que cette fois la musique, pourtant profondément évocatrice, se suffisait à elle-même. Un peu comme si par sa richesse, la musique se faisait ici image.

Alors qu’on passe d’ambiances franchement pop et folk – où l’on pense à Grizzly Bear, Efterklang ou Bon Iver – à des constructions sonores que Berio et Ligeti n’auraient sûrement pas reniées – cordes pincées et frottées, percussions et chœurs éthérés à l’appui -, je ne me suis jamais ennuyé. Au final donc, une œuvre étourdissante à la musique dense, dans laquelle, entre bidouillages, géniales trouvailles et réelle maitrise de la composition, Ludwig Leone, à la tête de sa phalange d’une vingtaine d’instrumentistes, parvient sans problème à nous surprendre à chaque entournure, faisant la part belle aux voix de ses comparses (mention spéciale à Allen Tate en crooner folk parfait), aux cordes et aux cuivres. À la fois architecte, artiste et artisan, aura-ton déjà vu jeune génie aussi discret que celui-là ?

 

La vidéo officielle du single Sonsick


17 titres / 55 mn (Downtown Records) – Sortie le 18/11/2013

Ellis Ludwig-Leone : Piano, claviers – Allen Tate, Jess Wolfe & Holly Laessig : Voix, chœurs – Nathan Prillaman : Guitares – Nick Jenkins : Batterie – Nathan Petitpas : Glockenspiel, vibraphone – Helen Kashap : Harmonium – Stephen Chen : Saxophones – John Brandon : Trompette – Jennifer Griggs & Brian Reese : Trombone – Matthew Fried : Tuba – Rob Moose & Caroline Shaw : Violon – Nadia Sirota : Alto – Clarice Jensen : Violoncelle – Helen McCreary, Gabriella Tortorello & Emily Misch ; Chœurs

Produit par Dan Molad & Ellis Ludwig-Leone

En savoir plus : www.sanferminband.com


2 Comments on “San Fermin : San Fermin

  1. Pingback: LUCIUS : Wildewoman | LesVeillesMusicales

  2. Ça alors ! Berio et Ligeti. Je suis curieuse d’entendre ça. Je vais creuser …

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