Abaji : Route&Roots


EN HAUT DE LA FRICHE

Pochette de Route&Roots par AbajiPour beaucoup d’entre nous, l’Arménie a ses clichés, ses images d’Epinal. Ses représentants aussi, aux origines plus ou moins lointaines. Si la tête du palmarès revient bien sûr à l’inévitable Charles Aznavour, il n’est pourtant pas le seul à conjuguer le passé de ces racines au présent français.

 

Ainsi, Henri Verneuil, Michel Legrand ou même Patrick Fiori font partie des célébrités arméniennes plébiscitées par le public. Ailleurs dans le monde, il y eut le compositeur Aram Katchaturian et sa Danse Du Sabre, mort en 1978. Il y a aujourd’hui, sous le soleil californien, le groupe de métal System Of A Down, mené par son charismatique leader Serj Tankian. Plus près de nous (et sûrement moins adepte du surf et des tatouages), Abaji vit en France, exilé depuis des décennies du Liban où il est né d’un père arméno-grec et d’une mère arméno-syrienne. Autant dire que le métissage, il connaît. Compositeur de musiques pour le cinéma et la télévision, le personnage est aussi un voyageur du monde et un collectionneur d’instruments en tous genres amassés au cours de ses nombreux périples. Pour lui, le bien nommé « Route&Roots » c’est l’histoire véritable d’un retour aux sources, à ses sources que sont l’Arménie, la Turquie et le Liban. Il nous invite ici à prendre le thé et la route avec lui.

Si l’exil est une réalité imprégnant toute la musique du peuple arménien (au même titre par exemple que le peuple juif du Sirba Octet), la route est un concept récurrent qui a inspiré des générations de musiciens et écrivains. Mais ce qui est formidable dans la musique d’Abaji, c’est le caractère authentique induit à la fois par les conditions d’enregistrement (une carte-son, un pc, un micro sur un coin de table, et hop !) et l’instrumentarium utilisé. En effet, l’artiste va puiser dans sa caverne d’Ali-Baba (il revendique plus de 400 instruments) et enregistre le tout, souvent en une seule prise, se muant en un véritable homme-orchestre. Le musicien alterne un format chanson (que je rapprocherais parfois d’Angélique Ionatos pour son caractère typiquement méditerranéen) interprété aussi bien en français, en arabe qu’en arménien avec des instrumentaux dans lesquels le compositeur de musiques de film développe toute sa science de l’ambiance. A ce jeu-là, c’est Armenian Prayer qui constitue pour moi ce parangon d’une musique instrumentale, aussi dépouillée qu’inspiratrice d’images et de sensations. C’est un peu sa Bohème à lui, mais en vieille Béhème décapotée. Roulez, jeunesse !

 

Abaji interprète Route&Roots


17 titres / 55 mn (Absilone) – Sortie le 05/02/2016

Abaji : Voix, tous instruments – Vardan Grigoryan : Duduk – Mahmut Demir : Kabak kemane

En savoir plus : www.abaji.net


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.