Léa Castro : Roads


SANS DOUTE ET SANS DÉROUTE

Pochette de Roads par Léa CastroAu lendemain d’un premier tour particulier au résultat aussi inédit que terriblement inquiétant, il me semble de bon ton de prendre nos cliques (pour la claque, c’est fait) afin de prendre un peu le large, d’aller à la rencontre de l’Autre, sur les routes de Léa Castro.

 

Car si la route tue encore chaque année – comme nous le rappelle la Prévention Routière –, elle inspire aussi beaucoup. L’immense Jack Kerouac bien sûr, mais aussi les De Palmas, Aubert ou Lavilliers entre autres, qui l’ont célébrée avec plus ou moins de bonheur. Sur LesVeillesMusicales, il y a tout juste un an, c’était le multi-instrumentiste Abaji qui en donnait sa propre version avec un « Route&Roots » au titre évocateur. Et il est vrai que la route a cela de magique qu’elle peut être sans fin et nous emmener n’importe où. Ne dit-on pas d’ailleurs que « tous les chemins mènent à Rome » ? Et même si, pour certains elle peut plutôt mener au rhum, à l’homme ou à Lomme, dans la Somme, vers la pomme ou la Tomme (AOC alors, siouplaît), dans tous les cas, qu’elle soit de bitume ou de cailloux, la route peut nous déposer ailleurs, nous faire voir autre chose et rencontrer d’autres gens. C’est tout cela que m’a inspiré le premier album de Léa Castro. La vocaliste n’en est pas à son premier bout d’essai, loin de là. Elle a déjà fait résonner ses cordes vocales et sa chaude voix d’alto dans bien des projets (Ode Paname, Ego System…), on a pu l’entendre notamment aux côtés des Parisiens de Marvellous et elle est déjà coupable d’un premier EP sous son nom avec la même fine équipe.

Autant le dire : tout au long de l’écoute de ce disque, j’ai entendu une vraie similitude avec « For You », le premier album de Lou Tavano, que j’avais partagé ici-même l’année dernière. Si l’on retrouve la même paire rythmique distillant la même palette de couleurs tantôt pop tantôt world, on écoute ici aussi un jazz vocal faussement classique et un quintette solide et créatif multipliant les inventions et les interventions tout en finesse. Là où la différence me semble presque la plus évidente, c’est dans l’approche d’un répertoire, composé ici pour moitié de reprises (et quelles reprises). Dès le début, c’est un peu comme si la chanteuse délimitait le champs (et le chant) de ses inspirations, de ses possibles, des Beatles à Herb Ellis, de Duran Duran à Rogers & Hammerstein et, à travers eux, au grand Coltrane. Car le phrasé de la rousse crooneuse pas crâneuse a quelque chose de véritablement coltranien dans sa quête d’ailleurs, de ses origines et de ce que cela peut apporter, aussi discrètement soit-il, à sa musique. Enfin, mentions spéciales aux cœurs et aux chœurs, aux cordes, à la sœur Macha Gharibian, aux arrangements, bref à toute la sobre richesse qui fait que ce disque justement la tient, la route.

 

L’EPK de l’album « Roads »


10 titres / 54 mn (Neuklang) – Sortie le 03/02/2017

Léa Castro : Voix – Antoine Delprat : Piano, violon, chœurs – Rémi Fox : Saxophones, chœurs – Alexandre Perrot : Contrebasse, chœurs – Ariel Tessier : Batterie, cajon, chœurs – Macha Gharibian : Piano, voix – Axel Rigaud : Flûte – Boris Lamerand : Violon – Julia Robert : Alto – Louise Leverd : Violoncelle

En savoir plus : www.leacastro.com


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