Brian Eno : Reflection


LE LAVIS DE BRIAN

Pochette de Reflection par Brian EnoNotre jeu de l’été : Qui suis-je ? Mon véritable père est Caï Lun, chef des ateliers impériaux de Chine, en 105 après J.C.. Marco Polo parle de moi dans ses chroniques. En 793, je suis à Bagdad, en 900 au Caire, en 1056 à San Felipe, en 1276 à Fabriano. Je vous vois d’ici, vous êtes déjà sur Google.

 

Vous avez trouvé ? Oui, c’est ça, je suis le papier. Mais notre véritable sujet du jour, c’est celui qui est peint. Or, le papier peint n’est pas peint. En Europe, on en trouvera néanmoins, importé de Chine et peint à la main, au 16ème siècle. On l’utilise pour décorer des murs, des meubles, des boîtes, pour la couverture des livres… Au 18ème, c’est encore chez nous un imprimé artisanal, mais au 19ème la production s’industrialise. L’idée de génie, en Angleterre, a été de coller les feuilles les unes aux autres pour en faire un rouleau puis, à partir de 1830, d’imprimer du papier en continu. À partir de là, on va pouvoir jouer sur les textures : gaufrage, dorure, satinage… Et c’est le succès : jusqu’aux années 1980, le papier peint est la décoration murale la plus prisée au monde.

Et puis, la crise. Je ne me souviens pas très clairement à quoi ressemblaient les murs dans les années 80. On devait les peindre, je suppose. Le papier peint, ça devait faire ringard, on préférait peindre le séjour en bleu électrique et la chambre à coucher en noir, pour s’endormir dans une douce ambiance gothique. Mais pas de panique : la perte de valeur du papier peint comme élément de l’environnement se verra largement compensée, à la fin des années 70, par une autre géniale invention anglaise : l’Ambient. Décrite à l’époque comme une sorte de « papier peint sonore », cette musique doit beaucoup à son inventeur, Brian Eno. Une musique-environnement, que vous pouvez écouter ou non, qui vous berce ou vous irrite, selon votre état d’esprit du moment. Une musique qui exclut tout développement, dont vous pouvez démarrer l’écoute à n’importe quel endroit de son parcours. Bien souvent décriée à ses débuts, la musique ambient connaîtra un succès grandissant dans les années 90, dans le milieu des musiques électroniques et finira par perdre de son influence dans les années 2000. Mais le monde est bien fait, car ces années-là verront le retour triomphal du papier peint mural. Sorti comme un vœu de bonne année le 1er janvier 2017, « Reflection » comporte toutes les caractéristiques du genre : un monolithe de 54 minutes, à la vie intérieure alimentée par de subtiles variations de timbres et de couleurs, qui occupe l’espace sonore en douceur, et qui vous permet de vous concentrer sur vos activités quotidiennes. Vous voudriez en savoir plus, peut-être, savoir si cette musique est plutôt gaufrée, plutôt dorée, satinée. Vous ne voudriez quand même pas que j’écoute le disque à votre place ?

 

Un extrait du monolithe


1 titre / 54 mn (Warp Records) – Sortie le 01/01/2017

Brian Eno : Brian Eno

Pour en savoir plus : http://www.brian-eno.net


One Comment on “Brian Eno : Reflection

  1. Encore une fois, merci pour la tranche de rire, Bertrand D ! ^^
    Sur ce, je pars tapisser mes murs intérieurs avec Brian Eno…

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