Djrum : Portrait With Firewood


MUSIQUE UCHRONIQUE

Pochette de Portrait With Firewood par Djrum« Portrait With Firewood » de Djrum s’ouvre sur une note de piano, délicatement semée, comme on déposerait de petits coups de pinceau sur une estampe. À cette ébauche s’arrime le bruit modulé d’une sirène de bateau qui abandonne dans son sillage une nouvelle orchestration de piano et de doux bruits de cymbales.

 

L’introduction de cet opus est annonciatrice d’une grande fresque musicale où Djrum, alias Felix Manuel, n’aura de cesse d’abolir les frontières du temps, une fresque moderne traversée de rythmes ambient, breakbeat et jungle, en même temps que les instruments qu’elle convoque – le violoncelle, le xylophone cristallin, le lyrisme des complaintes féminines – rendent hommage à une autre époque. Une époque révolue – ou qui n’a jamais réellement existé… Cette fois, il fallait en effet que ce soit un univers steampunk qui guide ma lecture de cet album. Et quand bien-même mon approche demeure totalement subjective, il n’est pas difficile d’assimiler « Portrait With Firewood » à ce genre littéraire qui a les machines à vapeur pour décor et qui recourt massivement aux anachronismes.

Projetée dans cette époque fantasmée qui brasse tout l’héritage du monde, Djrum me fait déambuler au sein d’une bâtisse victorienne où chaque pièce abrite les vestiges d’une période donnée et où les objets, trésors du temps, se racontent en dansant au gré du feu de cheminée. Au bout du vestibule, un piano à queue déverse sa mélancolie. Des horloges carillonnent avec un battement irrégulier : l’heure matinale révèle son cortège d’âmes tout juste tirées du sommeil. Les préposés aux cuisines s’activent dans le tintement de la vaisselle, tandis que me parviennent les rumeurs de deux amants depuis la porte d’une chambre. Des airs de violoncelle s’unissent dans le lointain ; quelque part, des tambours signalent un nouveau jour à inaugurer ; la frénésie décadente de l’I.D.M. a pris le relais, puis elle finit par s’étioler dans un murmure de voix féminine, de filets de violoncelle suaves et de petites notes pianistiques et xylophoniques scintillantes… Pour moi, l’uchronie est à Djrum ce que la S-F est à Max Cooper : une métaphore filée sonore. Sa musique samplée est un conte de fée narré qui marie à sa façon des éléments classiques à un attirail musical moderne. Elle n’a pas de rails, si ce n’est la liberté monumentale avec laquelle cet anglais originaire d’Oxford orchestre ses compositions. De haute volée !

 

L’audio de Blood In My Youth, extrait de « Portrait With Fire »


9 titres / 53 mn (R&S Records) – Sortie le 17/08/2018

Felix Manuel : Composition, arrangement, piano, percussions – Zosia Jagodziska : Violoncelle – Lola Empire : Voix

Produit par Djrum

En savoir plus : www.djrum.bandcamp.com


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