Al’Tarba : La Nuit Se Lève


LA NUIT, TOUS LES CHATS SONT GRIS

Pochette de La Nuit Se Lève par Al TarbaAl’Tarba édifie des concept-albums en les parant à chaque fois d’une atmosphère cinématographique. Et cette fois-ci, c’est du glaucky.

 

Dans « Let The Ghosts Sing », son précédent opus, l’imagerie fantomatique développée en filigrane m’avait plongée dans une drôle de léthargie : le jour on se promenait dans un désert aride du Far West, la nuit on entrait se réchauffer à la lumière des cheminées de foyers chétifs et isolés. Dans « La Nuit Se Lève », on ploie au milieu des barres d’immeubles écrasées sous le ciel de banlieue. Le western américain s’est transformé en western urbain. Le son est plus corrosif, le décor plus crade, la solitude plus cruelle. Les lampadaires éclairent les seringues et les capotes usagées, les néons des épiceries de quartier sont braqués sur le rayon des bouteilles remplies de leur dose quotidienne d’oubli. Les revenants sont toujours là, mais ils ne sont plus les présences caressantes qu’ils étaient auparavant ; cette fois, ils sont les spectres que la société des vivants-le-jour a relégués à la nuit, des indésirables affublés du voile de l’indifférence ou du mépris, errant dans les rues et réveillant les vivants : « La dernière fois que j’ai essayé / D’allumer / Parce qu’on n’y voyait rien / J’ai sonné chez un voisin / Déjà qu’j’réponds « bonjour » à leurs « bonsoir » / Qu’ils ont déjà vu les chtars / M’embarquer dans leurs histoires / J’te jure, c’est eux les mauvaises fréquentations / Même si j’avoue qu’au départ, un contrôle de leur part fut une marque d’attention / La nuit on s’regarde chelou comme un lendemain d’élection… / T’as vu l’autre qu’a fait demi-tour, pour avoir une si belle peau il faut dormir le soir ou au moins voir le jour / Et j’traîne, le teint blême-pro / Si j’serre une main j’pourrais pas faire croire qu’juste avant j’étais au chaud« .

La Nuit Se Lève, morceau éponyme mis en paroles par Virus, est la moelle épinière de cet album-concept. C’est aussi l’occasion pour le Toulousain de renouer avec le rap, son premier amour. Son texte marque d’une pierre ce que les samples annonçaient déjà, à l’instar du Insane In The Brain de Cypress Hill ou de the living-dead haunt the living du morceau Infected Streets. En ôtant le voile du fantôme, il met à nu le cheminement intérieur du personnage principal que les interludes avaient commencé à dépeindre dans ses rencontres avec des drogués, des alcooliques, des prostituées, des cinglés, des vauriens, des vendus… Tous ces macchabées gisent dans une agressivité qui peut déstabiliser car ces interludes surviennent après des morceaux trip-hop ou abstract hip-hop, d’une musicalité riche et un poil rétro. Mais même là, le fait qu’aucun espace sonore ne soit laissé au hasard et le recours massif au scratch, à la trap, aux basses bien lourdes et aux ascenseurs sonores peuvent rappeler le climat oppressif de la rue… « Avec ou sans toi, la nuit s’lèvera« . Bang bang. You’re dead.

 

La vidéo officielle du single Now More Fighting


16 titres / 47 mn (IOT Records) – Sortie le 03/03/2017

Al’Tarba : Tous instruments – DJ Nixon : DJing – Bonnie Li, Little Vic, Stevie Rayban & Virus : Featurings

Réalisé par Al’Tarba

En savoir plus : www.altarba-beats.com


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