Stephan Micus : Nomad Songs


POUF DANS L’EAU VERTE

Pochette de Nomad Songs par Stephan Micus« L’homme est un immense marécage. Quand l’enthousiasme le prend, c’est, pour le tableau d’ensemble, comme si dans un coin quelconque de ce marais une petite grenouille faisait pouf dans l’eau verte. » (Franz Kafka)

 

Je vous ai déjà parlé de Stephan Micus, l’homme qui fait toujours le même disque. Je pourrais faire un copié-collé de mon article sur « Panagia », mais je ne le ferai pas. Parce que ce serait approuver l’idée selon laquelle il n’y aurait de salut que dans le changement permanent, et que le slogan « Du nouveau, toujours du nouveau » aurait une quelconque validité. Après tout, qui se pose cette question sur la musique traditionnelle bretonne ou les Rolling Stones ? Au contraire, le plaisir y semble décuplé par le retour du même. Actons donc que Stephan Micus propose un univers où rien ne bouge. Mais où les différences sont subtiles.

Certes pas dans les musiciens invités sur l’album : comme à l’accoutumée, il n’y en a pas, le cher homme assurant à lui tout seul le jeu instrumental et les vocaux, grâce à la magie du re-recording. Pas dans l’instrumentation, celle-ci rassemblant de manière toute post-moderne une collection hétéroclite venant de tous les coins du monde : ndingo (Bostwana), genbri (Maroc), suling (Bali), nay (Égypte), rewab (Chine), rabab (Afghanistan), shakuhachi (Japon), et j’en passe. Mon ordinateur me signale sa désapprobation en me soulignant tout ça en rouge (tous les instruments ET le Bostwana…). Pas dans l’esprit, toujours aussi contemplatif, toujours aussi déconseillé aux conducteurs d’engins. Pas dans la présentation, toujours aussi auto-promotionnelle, les pochettes de tous les disques précédents apparaissant dans le livret (qui grossit, évidemment, au fil des années, vous pensez bien, depuis 1977). Alors, où est donc la différence ? Eh bien, curieusement, ce disque ne fait référence à aucun élément extra-musical : ni koan zen, ni Vierge Marie ne sont ici convoqués. Plus grave, certains morceaux donnent presque l’illusion d’une ébauche de tentative de début de développement. Attention, ceci n’en fait pas un disque pour surboum mais, dans une musique qui fait du sur place depuis tant d’années, c’est comme un coup de tonnerre. Comme une petite grenouille qui fait pouf dans l’eau verte.

Le premier titre de l’album


11 titres / 56 mn (ECM) – sortie le 26/06/2015

Stephan Micus : Tous instruments & voix

En savoir plus : www.facebook.com/Stephan-Micus


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