Keith Jarrett : No End


LE RETOUR DU MORT RECONNAISSANT

Pochette de No End par Keith JarrettÀ la fin des années 70, mes camarades et moi-même écoutions du rock, à l’exclusivité de tout autre style (enfin… je commençais déjà à faire le malin en écoutant du Varèse, parce que Frank zappa en parlait dans une interview, mais ce sera le sujet d’une autre chronique).

Quand nous nous rendions chez les uns ou les autres, nous farfouillions dans les discothèques parentales, où nous trouvions généralement de la chanson française (pouah ! ), de la pop, un peu de rock. Seul intrus, généralement, le « Köln Concert » de Keith Jarrett. On m’expliqua, à l’époque, que c’était du « jazz ». En fait, la présence de ce disque s’expliquait largement par le fait que nombre de tournures mélodiques de l’album empruntaient à la pop. Avec Jarrett ou Steve Swallow, le jazz commençait à piocher dans le répertoire populaire de son époque, et s’éloignait des standards de la comédie musicale de Broadway. Fleuron de la mode du piano solo, le Concert de Cologne est resté une des plus grosses ventes de son auteur et a assis sa réputation d’improvisateur solitaire, fidèle jusqu’à ce jour au label allemand ECM. À la fin de l’année dernière, sortait un album étonnant de notre musicien, sur ECM toujours (là, pas de surprise), enregistré en 1986 (mais l’homme est coutumier de la réédition de vieilles bandes) où il joue, non pas du piano, mais de la guitare électrique, de la basse électrique, de la batterie, des tablas, de la flûte à bec…

Voilà un double CD dont les vingt plages ne se soucient guère d’idées de composition ou de développement : on a, à chaque fois, l’impression de pousser la porte d’un enregistrement déjà en cours, et de quitter celui-ci avant la fin. Le plus étonnant est l’impression de fraîcheur et de naturel qui se dégage de tout ça, avec une spontanéité tout à fait assumée. Ce disque présente un espace de liberté que je n’ai pu m’empêcher de rattacher au rock de la deuxième moitié des années soixante, quand on pensait encore que la musique allait changer le monde. Avec, par exemple, un groupe comme le Grateful Dead (Ah! oui, le titre…), fer de lance de la musique psychédélique de San Francisco, dont chaque concert, largement improvisé, différait du précédent. Il est bien réjouissant de voir ici un musicien, qui n’a plus rien à prouver, nous inviter chez lui, où le disque a été enregistré. Il le dédie à ses enfants, ses femmes, sa mère, ses frères, ses amis et ses ennemis. Je ferais bien de même avec cette chronique, mais je n’ai pas de frères. Ni d’ennemis.

 

Keith Jarrett

Cliquez sur la photo pour entendre un extrait sur ecmrecords.com


20 titres / 93 mn (ECM) – Sortie le 21/11/2013

Keith Jarrett : Guitares électriques, basse Fender, batterie, tablas, percussions, voix, flûte à bec, piano

Produit par Keith Jarrett

En savoir plus : www.ecmrecords.com


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