El Strom : Long Time No Sea


THEREMIN ET BLAVATSKISME

Pochette de Long Time No Sea par El StromRussie, 1921 : un homme avec une boîte attend dans la salle d’attente. Quand on le fait enfin entrer dans le Saint des Saints du bolchévisme, il installe sa boîte et déplie deux antennes devant un petit homme barbichu, au regard perçant. Des sons éthérés s’échappent de l’appareil, pendant que ses mains voltigent autour des antennes. Lénine approuve.

 

Léon Theremin fera désormais partie des missionnaires chargés de prouver au reste du monde la modernité du socialisme. Et ça marchera en partie. Le thérémine restera le premier instrument électronique utilisable par des musiciens (contrairement au telharmonium, avec ses dix-huit mètres de long et ses deux cents tonnes…). Et il est toujours là aujourd’hui, après avoir illuminé les musiques populaires, des Beach Boys à Radiohead. Pour preuve cet enregistrement de El Strom (normalement, je devrais barrer ce o, mais j’ai la flemme d’aller chercher dans les caractères spéciaux).

Le trio constitué de Birgitte Lyregaard, Sacha Gattino et Jean-Jacques Birgé (qu’on connaît depuis Un Drame Musical Instantané) ne se contente pas de remettre à l’honneur le fleuron de l’inventivité bolchévique. Il pratique ici le grand écart entre la modernité des échantillonneurs et un primitivisme technologique tout à fait réjouissant incluant guimbarde et ballon. Oui, ballon : vous n’avez jamais essayé de faire de la musique en libérant progressivement l’air coincé dans la membrane ? Mais ne vous y trompez pas : ce disque n’est pas un retour en enfance. L’ambiance de boîte à musique qui ouvre la première plage (Sound Castles, 22’58) ne tarde pas à se détraquer subtilement, au point de tétaniser les pieds qui battaient confortablement la mesure. Mais vos oreilles devraient reprendre pied (je sais, moi non plus je ne vois pas bien à quoi ça ressemble, une oreille qui prend pied) grâce à une mise en espace sonore très travaillée, qui vous donne à certains moments l’impression d’être dans l’atelier. Les textes (en français, danois ou anglais) sont d’un ésotérisme inspiré qui ne renonce pas aux jeux de mots (Mécaniques Cantiques) et qui culmine dans Dark Waters, construit sur un texte d’Helena Blavatsky, tiré de La Revue Théosophique de 1889. Née en Russie en 1831, elle meurt à Londres en 1891, après avoir participé à la fondation de la Société Théosophique. Cinq ans plus tard naîtra Léon Theremin, encore inconscient que ses antennes me fourniront la base de cette chronique.

 

La Peur


9 titres / 78 mn (GRRR) – sortie le 05/04/2017

Birgitte Lyregaard : Voix – Sacha Gattino : Échantillonneur, percussions, zither, harmonica, guimbarde – Jean-Jacques Birgé : Thérémine, Tenori-on, Mascarade Machine, claviers, vents, harmonica, guimbarde

Pour en savoir plus : www.drame.org/ELSTROM/Home


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