Chams : Lettre d’Amort


ROMANTISME VULNÉRABLE

Pochette de Lettre d'Amort par ChamsAvec Lettre d’Amort, Chams m’a mis Martel en tête. Pas de saisir mon bâton pour aller défier les massifs alpins, mais pas loin : si lui y relate ses virées adolescentes aux confins des montagnes, il me plaît d’y voir une autre sorte d’expérience transcendantale…

 

Fils d’alpiniste originaire des Alpes, ce premier EP est pour Chams un hommage à la nature et ses sommets, capables de maintenir éternelle la neige, de creuser des abîmes sans fond et, comble d’ironie, de créer les hommes pour oser les regarder (j’imagine que, penché par dessus leur bord, il a dû ressentir ce mélange de fascination et de terreur, car son nouveau label porte aujourd’hui le nom des profondeurs insondables de l’Abîme…) Mais même sans être alpiniste, on peut gravir des montagnes. Ne me dites pas qu’en amour, vous n’avez jamais escaladé des rochers ou franchi des fleuves en équilibre sur un tronc d’arbre. Il ne s’agit pas d’être bucolique, mais j’ai pour ma part été portée à mettre l’amour obsessionnel au cœur de mon écoute. J’ai envie de croire que Chams et moi ne sommes pas si éloignés dans nos motivations : la passion des falaises béantes et des flancs à pics doit soulever des émotions assez similaires à celles de la passion amoureuse ; le titre de l’album, “Lettre d’Amort” reflète assez bien l’idée de la mort portée par l’amour chevaleresque (le terme “amort” vient de “à mort”, terme qui a été repris en Angleterre au 16ème siècle) ; enfin, certains morceaux pourraient se lire comme un poème déclamé à sa (son) bien aimé(e), tant le synthé semble reproduire un dialogue avec les mouvements du cœur…

Dans « Lettre d’Amort », la large gamme de notes utilisée couvre facilement la palette de sentiments que l’on est amené à traverser dans l’élégie. La maladresse intentionnelle dans l’enchaînement des notes, qui alternent entre timides tâtonnements et déferlements en cascade, évoque la naïveté  inhérente à cet état gonflé d’âme. On s’y voit gravir prudemment l’échelle musicale, avec en bruit de fond celui des cailloux coulissant sous nos chaussures de montagnes, avancer, espérer, se tordre de froid, mais ne penser qu’à la chaleur de la future étreinte avec l’immensité du paysage… ou de ses bras. Parfois, on dévale tout en sens inverse pour venir se briser dans un fracas assourdissant en contrebas. Battre de l’aile, reprendre de l’aplomb, sentir le vent dans notre dos et gravir de nouveau les pentes qui jalonnent notre ascension, crescendo, decrescendo, presto, lento… Je n’invente pas en disant que tout cela se retrouve dans la musique de Chams, si on veut bien tendre l’oreille à l’expédition émotionnelle qu’il nous propose et à la vulnérabilité. Et même si les paroles m’éloignent du sujet et me reconnectent aux lois implacables de Mère Nature : « Imagine notre monde, tel un seul être vivant. Tout se meurt en lui, tout se créé en chaque instant […]« , je savoure leur romantisme glacé.  En réalité, si je poursuis mon délire, j’y entends les premiers émois d’un amour naissant, une dispute de couple, des ressassements intérieurs, une réconciliation. Mais je suis sans doute perchée quelque part là-haut…

 

La vidéo officielle de Tous Seuls, extrait de « Lettre d’Amort »


6 titres / 22mn (Abîme) – Sortie le 28/09/2017

Chams : Voix, tous instruments

Produit par Chams

En savoir plus : www.soundcloud.com


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