Slow Joe : Let Me Be Gone


COBAYE ET INDIEN

Pochette de Let Me Be Gone par Slow JoeAujourd’hui, je reprends mes pérégrinations à la découverte des musiques autour du monde. Elles me conduisent directement… place Sathonay, dans l’exotique quartier de la Croix-Rousse de la non moins exotique ville de Lyon.

 

Car c’est là que résidait Joseph Manuel Da Rocha, petit indien de Goa plus connu sous nos mornes latitudes à travers son nom de micro : Slow Joe. Je ne sais pas pour vous mais enfant, j’avais beaucoup de mal à comprendre pourquoi les indiens que je voyais dans les westerns de La Dernière Séance d’Eddy Mitchell vivaient si loin de chez eux et pourquoi eux n’avaient pas quatre bras, comme les indiens Brahmâ, Vishnu, Shiva, Saraswati, Kali et tant d’autres. C’est qu’à cette époque, je chérissais les petits pains pistolets et ma marque de jeans favoris s’appelait Winchester. Bref, j’aimais déjà particulièrement tout ce que représentait la conquête du Grand Ouest. Bien entendu, je ne parle pas ici de Meudon, Issy-les-Moulineaux ou Marnes-la-Coquette (ça c’est le Grand Ouest de Paris), ni de la Bretagne ou des Pays de la Loire (les phares Ouest cette fois). Je parle bien sûr des immenses territoires traversés par les diligences, shérifs et autres hobos. Slow Joe avait été l’un de ces derniers, mais à l’autre bout de la planète, lui. Et sa voix de crooner porte en elle toute l’âpreté d’une vie à l’écart.

Une riche vie qui s’est terminée il y a à peine un an, et dont le disque posthume que je vous présente aujourd’hui – qui finissait alors tout juste d’être mixé – devient en quelque sorte le testament musical. On y retrouve le Ginger Accident, backing group de rêve formé en 2009 par Cédric De La Chapelle, qui avait lui-même découvert la pépite Slow Joe au hasard d’un voyage au pays de Junun et de la musique qawwali. Ce même quatuor, qui avait déjà sévi sur les deux premiers albums de l’indien en 2011 et 2014, continue d’offrir un son sixties psychédélique qui n’est pas sans me rappeler les Bikini Machine et qui allait aussi comme un gant à un certain Thomas Fersen. Ça groove, ça fuzz et ça fuse de tous les coins pour donner naissances à des petits trésors de blues-rock métissé çà et là des sonorités indiennes forcément chères à Da Rocha. Débutant sur un chant traditionnel a capella en Konkani (la langue de Goa) et se refermant sur le magnifique Silent Waves où le crooner s’adresse à la mort, l’album offre un road-movie ayant pour sujet sa propre vie. L’occasion de confirmer d’une part que 2016 aura été une année difficile pour le monde de la musique (autant que la musique du monde), et d’autre part que ce sont bien toujours les meilleurs qui s’en vont les premiers. Rock, haine, drôle, RIP Slow Joe.

 

La vidéo officielle du single My Sway


10 titres / 35 mn (Musique Sauvage) – Sortie le 03/02/2017

Slow Joe : Voix – Cédric De La Chapelle : Guitares – Régis Monte : Claviers – Alexis Morel Journel : Basse – Josselin Varengo : Batterie, percussions

Réalisé par Cédric De La Chapelle

En savoir plus : www.facebook.com/slowjoemusic


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