Martin Wheeler & Les Witches : Kohlhaas


MES SORCIÈRES BIEN-AIMÉES

Kohlhaas par Martin WheelerCertains jours, les problèmes s’accumulent. Les nuages noirs. Ou la vaisselle. Un simple coup d’œil dans la cuisine suffit ce soir à me déprimer. Comment une alimentation régulière et saine de cinq fruits et légumes par semaine peut-elle générer un tel capharnaüm ?

Devant cet épique empilement de casseroles et d’assiettes, dont le proche éboulement semble inévitable, le spleen me saisit. « Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle » chantait naguère Baudelaire. Bien qu’il m’en coûte, je prends la difficile décision de différer la lutte et de regarder un film. Pourquoi pas Michael Kohlhaas d’Arnaud des Pallières ? Un film qui a obtenu un César de la meilleure musique originale, à Cannes, en 2014, devrait pouvoir me remonter le moral. Bon, si remontée il y a, ce ne sera pas par ce récit sanguinaire de marchand de chevaux floué qui, au XVIe siècle, part en lutte contre l’injustice à lui faite. Mais la musique est une merveille de rencontre intelligente. Entre l’univers de Martin Wheeler, compositeur britannique ayant déjà collaboré à de multiples reprises avec Arnaud des Pallières, et celui des Witches, groupe français qui « ensorcelle les scènes, les ondes et les chaînes stéréophoniques depuis le siècle dernier », en faisant renaître le répertoire de l’époque de Shakespeare.

Le disque est loin d’être une simple B.O. : outre les compositions utilisées pour le film, il comprend plusieurs morceaux des Witches, enregistrés pour l’occasion, mais non retenus, qui constituent un contrepoint fascinant à la musique minérale de Martin Wheeler. Celle-ci a bien souvent une couleur « musique concrète », mais qui repose sur le traitement électronique d’échantillons fournis, entre autres, par la viole de gambe de Sylvie Moquet, qui devient par là la « voix intérieure » de « Kohlhaas ». La musique ancienne devient ici d’une troublante modernité. Mais alors que j’écoute le merveilleux Drive The Cold Winter Away, des bruits étranges venant de la cuisine me tirent de ma méditation. Devant mes yeux effarés, brosses, éponges et serviettes se sont lancés, sans mon consentement, dans l’opération de nettoyage qui me décourageait, faisant de moi un personnage de Merlin l’Enchanteur, sans ressources devant la puissance de la magie. Je n’ose arrêter le disque, craignant que le sortilège cesse d’opérer. Il continuera de tourner en boucle, jusqu’à ce que le téléphone me réveille.

La dernière plage de l’album


20 titres / 68 mn (Alpha 536) – Sortie le 09/09/2014

Martin Wheeler : Composition, réalisation – Les Witches : Arrangement, interprétation. Les Witches sont : Sylvie Moquet (Viole de gambe), Odile Edouard (Violon), Claire Michon (Flûtes, tambour, tambour à cordes), Mickaël Cozien (Cornemuses), Pascale Boquet (Luth, guiterne), et Freddy Eichelberger (Organetto, cistre)

En savoir plus sur les Witches : www.leswitches.com


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