Ibrahim Maalouf : Kalthoum


LES MILLE ET UNE VIES

Pochette de Kalthoum par Ibrahim MaaloufCar l’hyperactif Ibrahim Maalouf, à moins d’avoir une tripotée de jumeaux bien cachés, doit taire un grand secret pour multiplier ainsi les projets dans les environnements artistiques les plus variés.

 

Rien que sur LesVeillesMusicales, on vous avait déjà présenté son album en duo avec Oxmo Puccino ainsi que son disque « Wind », hommage à Miles Davis. Et je ne parle pas du double disque d’or de Grand Corps Malade, ou du nouvel opus de Natacha Atlas, plus récemment. Mais après l’hommage à Eberhard Weber la semaine passée, et en cette rentrée chargée pour le trompettiste (on vous en reparlera), c’est à nouveau une icône qu’il célèbre en la personne cette fois d’Oum Kalthoum. Pour Maalouf, celle qu’on appelait « L’Astre d’Orient » représente toutes ces femmes qui ont changé l’histoire avec un grand H. Alors il a choisi un tube (avec un grand T) de la chanteuse, Alif Leila Wa Leila (Les Mille Et Une Nuits), pour développer son propos en arrangeant, avec le pianiste Frank Woeste, cette suite de presque une heure. Et d’Ouvertures en Mouvements, je me suis vite retrouvé confronté à la poésie folle dans la musique de la Dame (comme l’appelait De Gaulle, un autre poète).

La trompette à quart de tons d’Ibrahim Maalouf trouve tout naturellement sa place ici en habitant à la perfection ce répertoire de la chanson arabe, capable de susurrer sa profonde sensualité à mes oreilles et d’en traduire la moindre inflexion. Un peu comme si Kalthoum, ressuscitée et barbue, chantait aujourd’hui ses mélodies à la trompette. Le Franco-Libanais ayant fait appel aux mêmes musiciens que sur « Wind », le club des cinq se reforme donc quatre ans après et propose un jazz conventionnel typiquement américain. Le hard-bop des grandes années Blue Note n’est jamais très loin et l’on sent chez Maalouf une même envie de métissage, un même besoin de retour à ses racines que chez Wayne Shorter, Art Blakey ou Coltrane en leur temps. Les arrangements tout en ruptures, le jeu particulier et les effets du trompettiste, les fûts claquants de Clarence Penn et le saxophone complice de Mark Turner (devant pallier aux fameux quarts de ton à sa manière) montrent que pour ces messieurs, la musique arabe ce n’est pas forcément du chinois. Et tout cela nous entraîne merveilleusement au pied du phare d’Alexandrie qui danse sur le Nil et de ses sirènes qui chantent encore la même mélodie. Toulouloulou.

Petite introduction à « Kalthoum », par Ibrahim Maalouf lui-même


7 titres / 51 mn (Mi’ster) – Sortie le 25/09/2015

Ibrahim Maalouf : Trompette – Mark Turner : Saxophone ténor – Frank Woeste : Piano – Larry Grenadier : Contrebasse – Clarence Penn : Batterie

Produit par Ibrahim Maalouf

En savoir plus : www.ibrahimmaalouf.com


One Comment on “Ibrahim Maalouf : Kalthoum

  1. Extra ! J’ai adoré aussi. J’y ai retrouvé des sonorités des musiques traditionnelles avec quelques libertés. Comme un arbre, qui doit avoir de solides racines pour pouvoir monter haut !

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