Shye Ben Tzur & Jonny Greenwood : Junun


MÉNAGE ADROIT

Pochette de Junun par Shye Ben Tzur & Jonny GreenwoodLors de ma dernière chronique, je me laissais aller à quelques digressions inutiles à propos d’Erik Truffaz et de l’Inde du nord. Des sujets qui n’avaient que peu à voir avec la musique de Matthew Halsall. Pourtant, nous savons que les détails ont leur importance sur LVM. Et je le prouve !

 

 

Aujourd’hui : l’Inde du nord (dépaysement garanti). De tous temps, de grands noms du rock ont parcouru le monde pour mêler leur musique aux fruits de leurs pérégrinations. Avant-hier George Harrison, hier Damon Albarn, aujourd’hui c’est Jonny Greenwood qui s’y colle. « Junun » est en fait la bande originale d’un court-métrage documentaire de Paul Thomas Anderson, cinéaste américain, ami et collaborateur du guitariste de Radiohead. Dans son film, ce ne sont pas deux mais bien trois univers musicaux a priori éloignés qui s’entrechoquent avec bonheur : le chanteur israélien Shye Ben Tzur, Jonny Greenwood bien-sûr, et l’orchestre du Rajasthan Express, le réalisateur parvenant merveilleusement à capter toute la magie qui opérait lors de cette rencontre des trois types. Chacun met ici son savoir-faire au service d’une musique brillante. Ben Tzur compose l’intégralité des titres et en chante une bonne partie, le Rajasthan Express les interprète avec virtuosité, soutenu çà et là par les guitares et les boucles plus ou moins discrètes de Jonny Greenwood.

Il en résulte une musique qui s’affranchit totalement des frontières entre langues et cultures orientales, occidentales et moyen-orientales. Les codes formels de la tradition qawwali, dont Ilse G vous a déjà parlée, sont ici respectés et j’ai entendu une musique basée essentiellement sur les percussions (dholak, khartal, bhapang ou manjeera feraient sûrement baver d’envie mon collègue Bertrand D), sur les cuivres et les chœurs que double souvent l’harmonium, un instrument typique de ces interprétations. Mais le métissage incroyable de ce projet prenait vite toute sa dimension, entre modernisme et tradition. Il faut entendre les élans cuivrés de la trompette solo, cousinant avec quelque improvisation du jazz occidental, il faut écouter le chœur qawwali – d’obédience islamique soufie – chanter avec ferveur et approcher la transe (les derviches tourneurs ne sont décidément pas loin) sur les refrains en hébreu de Shye Ben Tzur pour se dire qu’il existe encore dans notre monde des gens animés par la liberté et la curiosité sans limites, sans peur et sans reproches (ça c’est le chevalier Bayard, non ?). Bien des digressions s’offrent donc encore à moi. Manquerait plus que Truffaz sorte un nouvel album.

 

La vidéo officielle de Allah Elohim


13 titres (2CD) / 60 mn (Nonesuch) – Sortie 13/11/2015

Shye Ben Tzur : Voix, guitare, flûte – Jonny Greenwood : Guitares, basse, claviers, machines – Aamir Bhiyani : Trompette lead – Soheb Bhiyani : Trompette – Ajaj Damami : Trombone – Hazmat, Sabir Damami & Bhanwaru Khan : Tuba – Zaki Ali Qawwal & Zakir Ali Qawwal : Chant Qawwali – Gufran Ali, Shazib Ali & Ehtisham Khan Ajmeri : Choeur Qawwali – Chugge Khan : Khartal, Bhapang, Manjeera, percussions – Nihal Khan : Dholak – Nathu Lal Solanki & Narsi Lal Solanki : Nagara – Asin Khan : Sarangi – Dara Khan : Kamaicha – Afshana Khan & Razia Sultan : Voix

Produit par Jonny Greenwood

En savoir plus : www.junun.co.uk

 


One Comment on “Shye Ben Tzur & Jonny Greenwood : Junun

  1. L’achèterais bien aussi celui-ci. Mais je sens qu’il va me poser des problèmes de classement 😉

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