Lord Of The Isles : In Waves


EXOTISME INTIMISTE

Pochette de In Waves par Lord Of The IslesLord Of The Isles, c’est un peu comme la puissance de la founk… mais sans la founk : c’est générateur d’oubli, c’est paradisiaque, et quelquefois même, c’est pas loin d’être funky.

 

Parfois, ce que je recherche dans la musique, c’est sa capacité à absorber mes décharges émotionnelles. Dans ces moments-là, c’est comme si mon corps enfonçait ses racines dans les tréfonds de la Terre, porté par la quête de vibrations brutes de décoffrage qui le mènerait à une prise de conscience de lui-même. Mais d’autres fois, ce que je guette dans la jungle des ondes sonores, ce sont des sonorités célestes, capables de suspendre l’esprit quelques centimètres au-dessus de son enveloppe de chair… Pour moi, « In Waves » est de celles-là : de ces musiques qui révèlent leur sensibilité dans le silence, qui l’amplifient, même. Pourtant, l’Écossais originaire d’Edimburgh ne produit pas que de la musique ambiante. Je ne suis pas une experte en électro, je parle donc par négations, ainsi je ne saurais dire si « In Waves » doit davantage à l’ambient, à l’acid house, à la techno old school, à la dance, à l’electronica, ou même encore, à la coldwave. Il n’est pas davantage certain qu’il tienne son aspérité ingénieuse d’Autechre, sa fièvre nébuleuse de Tim Hecker, de Carbon Based Lifeforms sa suavité contemplative, ou de Boards Of Canada sa nostalgie impérieuse. Mais c’est à tous ces pairs du vaste champ des musiques électroniques que me fait penser Neil Mc Donald quand je tente de l’intellectualiser, lequel a pourtant avoué n’avoir jamais suivi de formation musicale.

Encore une fois, il n’y a rien de sonorement tangible que je puisse décrire, si ce n’est cette petite île sur laquelle mon esprit persiste à se fixer lorsqu’il reçoit passivement les ondulations de « In Waves ».  Je me demande d’où je tiens l’espèce de cocotier filiforme qui trône au milieu de ma vision (peut-être de ces quelques percussions qui paraissent importées des climats tropicaux), mais le titre de noblesse écossais “Seigneur des îles” que s’est attribué Neil Mc Donald est sans doute pour quelque chose dans cette excursion mentale. En fait, une île exotique et déserte, c’est le genre de terrain dont je pourrais très bien me faire seigneuresse si j’étais sur le dancefloor d’un set de Lord Of The Isles. La danse permet en effet de plonger dans un état d’isolement berçant – qui n’est pas tout à fait, pour Lord Of The Isles, un état d’introspection – une évasion psychique qui paradoxalement advient dans un contexte collectif où les corps sont en contact. Aujourd’hui, on guérit bien certaines tumeurs à l’aide d’ondes acoustiques ; qui sait l’impact de certaines vibrations sur le corps, ou même, sur la désertion charnelle ? [Edit : je n’ai pas fini d’explorer les mondes dans ma tête. Le Seigneur des îles écossaises vient de sortir un nouvel EP intitulé « Parabolas Of Neon », et c’est pas une claquounette !]

 

La version audio de Liobasta


15 titres / 82 mn (ESP Institute) – Sortie le 11/11/2016

Neil Mc Donald : Tous instruments

Produit par Lord Of The Isles

En savoir plus : www.soundcloud.com/lordoftheisles


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