Africa Express : In C


NOTRE AGENT À BAMAKO

Pochette de In C par Africa Express« T’en es où, René ? » – « J’arrive, je vois le numéro 32, pas loin. » – « Magne-toi René, on en est à 49. » – « C’est pas de ma faute, c’est André qui m’a bloqué sur le 27, tout à l’heure. » « Qu’est-ce que tu racontes, il est à côté de nous, André. » – « Oui, mais il saute des numéros ».

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1951 : Arnold Schoenberg s’éteint, dans son exil américain. La légende veut que, sentant sa mort approcher, le pape de l’atonalité, celui qui avait ouvert la porte au dodécaphonisme, se serait exclamé : « Il y a encore tellement de belles choses à écrire en do majeur ». Ultime provocation ou nostalgie d’un monde qu’il pensait révolu ? 1964 : Terry Riley, compositeur californien, réalise la prédiction de Schoenberg, en écrivant In C, une œuvre qui renoue avec la tonalité, comme son titre l’indique, mais aussi avec la pulsation régulière, bannie par les sériels après la deuxième guerre mondiale. Mais ne nous y trompons pas, la pièce n’a rien de néo-classique : elle inaugure ce courant répétitif américain, dans lequel s’engouffreront plus tard Philip Glass et Steve Reich, courant dans lequel les recettes de fabrication redeviennent perceptibles par l’auditeur. Le principe de In C est d’une simplicité déconcertante : 53 cellules mélodico-rythmiques, à réaliser sur l’accompagnement obsessionnel de la note do, jouée généralement au piano. Les musiciens (toute configuration instrumentale est possible) démarrent tous sur la première cellule, puis chacun, individuellement et selon sa décision, passe sur la deuxième cellule, et ainsi de suite jusqu’à ce que tout le monde se retrouve sur la cellule 53. Évidemment, les cellules sont de longueurs différentes, sinon ce serait moins drôle. Aucune exécution de l’œuvre n’est donc identique, la preuve en est par la comparaison de ses différents enregistrements, nombreux depuis sa création.

Celui-ci est à l’initiative d’Africa Express, association à but non lucratif fondée par Damon Albarn, installée à la maison des jeunes de Bamako, et qui intègre dans des projets communs, musiciens occidentaux et africains. On connaissait déjà l’intérêt de l’ancien leader de Blur pour les musiques ouest-africaines, ne serait-ce que par The Good, The Bad And The Queen, mais avec Africa Express il remet le couvert de superbe manière. On le retrouve ici au mélodica et si vous aviez encore des doutes sur l’identité du chauve aux mains sur la tête, sur la photo intérieure, je peux vous confirmer que c’est bien Brian Eno. Évidemment, l’interprétation de In C perd de son efficacité si l’espace entre les cellules est trop important. Magne-toi, René.

Le teaser de l’album


1 titre / 41 mn (Transgressive Records) – sortie le 09/02/2015

Adama Koita, Kamele n’goni, Kalifa Koné & Mémé Koné : Balafon – Alou Coulibaly : Calebasse – Andi Toma : Percussions additionnelles, kalimba – André de Ridder : Violon, guitare baryton, kalimba – Badou Mbaye : Djembe, percussions – Brian Eno & Bijou Olugbenga : Voix – Cheick Diallo : Flûtes – Damon Albarn : Mélodica – Djelifily Sako & Modibo Diawara : Kora – Guindo Sala : Imzad – Nick Zinner & Jeff Wootton : Guitares

 En savoir plus : www.terryriley.net


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