Anna Calvi : Hunter


UNE CHASSEUSE SACHANT CHACHER

Pochette de Hunter par Anna CalviSi la récente marée noire épargne finalement la côte corse et sa ville de Calvi, c’est à une marée rouge que la guitariste du même nom nous convie en cette rentrée déjà bien sonnée. Gageons que l’effet sera moins néfaste sur notre (éco)système auditif.

 

Premier avantage : on ne peut pas dire que cette marée rouge soit des plus agressives puisque le dernier album en date d’Anna Calvi remonte à 2013 et il était d’ailleurs déjà chroniqué ici. C’est dire si on la kiffe, Anna. Forcément, en cinq ans, on peut s’imaginer que les choses ont bien changé, pour elle comme pour nous. A part un EP et la collaboration de Monsieur David Byrne, grand fan de la blonde, cette dernière s’était faite discrète et l’on ne peut qu’éprouver plus de plaisir encore à la retrouver en studio et sur scène. Installée désormais en France, la Britannique se libère véritablement tout au long d’un disque sauvage, à l’art-rock presque bowiesque inspiré, sorte de manifeste queer. Alors que, peu avant l’été, son compatriote Gaz Coombes jetait sur la table les questions de sexe et de genre en dézinguant une pseudo masculinité faite reine aujourd’hui, Anna Calvi réalise, elle, un disque intime : « il s’agit d’une exploration personnelle de ma propre féminité et ma propre masculinité. (…) Je me sens plus à l’aise avec le genre en me situant entre les deux ». Et à la lecture de la tracklist, on sent bien que ce thème sera réellement au centre de l’album : As A Man, Don’t Beat The Girl Out Of My Boy, Hunter… Car il est bien question ici d’inversion des rôles, quand le chasseur devient le chassé.

A l’oreille, pas de panique ! Celle qui va à la chasse ne perd cette fois pas sa place car la révolution intérieure de la belle Anglaise ne semble pas avoir totalement transformé son univers musical. Certes, les guitares peuvent se faire encore plus tranchantes et rugissantes, les batteries plus grasses et la voix plus aérienne mais les fondamentaux restent là : Anna Calvi fait du Anna Calvi, en exagérant ses traits, parfois pour le pire, souvent pour le meilleur. A mon sens toutefois, la véritable différence sonore réside dans un traitement sensiblement plus synthétique (à l’image de la chanson-titre), conséquence en partie de la présence d’Adrian Utley, membre du groupe de trip-hop/electronica Portishead. Décidément, la belle de Twickenham sait s’entourer puisqu’on retrouve à la basse Martyn Casey ainsi que Nick Launay à la production, respectivement bassiste et producteur des Bad Seeds de Nick Cave. De mauvaises graines et une chasseuse, sous ces allures bien pastorales se cache en fait un diamant, que dis-je, un rubis de rock transgenre dans la lignée des Bowie et autre Freddie Mercury. Madonna peut aller se rhabiller.

 

La vidéo officielle du single Don’t Be The Girl Out Of My Boy


10 titres / 43 mn (Domino) – Sortie le 31/08/2018

Anna Calvi : Voix, guitares, claviers, basse – Mally Harpaz : Piano, percussions, vibraphone, glockenspiel – Adrian Utley : Synthés, mellotron, Moog, Oberheim – Martyn Casey : Basse – Alex Thomas : Batterie, percussions

Produit par Nick Launay & Anna Calvi

En savoir plus : www.annacalvi.bandcamp.com/album/hunter


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