East-West Collective : Humeurs


LE POLAR DE L’ÉTÉ

Pochette de Humeurs par East-West CollectiveJe suis toujours surpris quand on me dit : « C’est l’été, en vacances, je n’emmène que des polars parce que je n’ai pas envie de me casser la tête à lire des livres compliqués. »

 

Au contraire, j’ai le sentiment qu’étant plus disponible, c’est le bon moment pour m’enfiler quelques pavés indigestes sur lesquels je m’endors trop rapidement pendant l’année, relisant dix fois de suite les mêmes lignes avant de m’effondrer, ne gardant le lendemain matin qu’un souvenir très imprécis des paragraphes entrepris la veille. Et puis, qui a dit que les polars, c’était simple ? Vous êtes vraiment sûr de savoir le fin mot du « Grand Sommeil » de Chandler ? Personnellement, je ne suis même pas certain que les personnages censés être morts le sont vraiment. Certes, les pavés, sur la plage, ça fait désordre : d’accord, ils sont censés être au-dessus mais le sable s’incruste entre les pages, et ça bousille tout. Vous êtes comme moi ? Parfait, ce disque est fait pour vous. East-West Collective, c’est la rencontre entre le East-West Trio (les Français Didier Petit au violoncelle et à la voix et Sylvain Kassap aux clarinettes, l’Américain Larry Ochs aux saxophones) et la chinoise Xu Fengxia au guzheng, et l’Américaine d’origine japonaise Miya Masaoka au koto.

Pour information, le guzheng est une cithare sur table, équivalent chinois du koto, emblème japonais des musiques classiques et traditionnelles. Si vous êtes familiers des bacs « Relaxation » ou « Zen » de nos grandes surfaces musicales, vous avez sûrement déjà entendu ce dernier, mélangé aux inévitables grillons, vagues et mouettes censés vous apaiser et vous convaincre que vous êtes sur la bonne voie. Sauf qu’ici, ces instruments ne sont pas au service d’une sagesse asiatique fantasmée : ils couinent, raclent, bruissent et gémissent, confrontés aux tenants de l’improvisation libre que sont les trois occidentaux précédemment nommés, produisant une musique plus proche de ce que peut faire un Fred Frith (avec lequel a d’ailleurs joué Miya Masaoka, si je ne me trompe) que du répertoire qui leur est ordinairement associé.  La catégorie « World Music », née dans les années 1980, avait permis aux disquaires de ranger tous ces disques africains ou asiatiques qu’ils ne savaient où mettre. Elle a valorisé toutes sortes de fusions entre musiques traditionnelles et productions occidentales où, généralement, ce n’est pas le village qui gagne. Ici, ce n’est pas de fusion dont il est question, mais de rencontre. Là où dans la fusion, les éléments constitutifs disparaissent dans le résultat final, dans la rencontre, ou le métissage, les interlocuteurs de départ sont toujours identifiables, ils discutent et parfois, oui, ça frotte… Alors, si cela vous tente, vous pouvez toujours emmener votre lecteur à la plage, mais ne le laissez pas tomber : le sable s’incruste entre les pages.

 

East-West Collective en live


7 titres / 54 mn (Rogue Art) – Sortie le 25/11/2013

Didier Petit : Violoncelle, voix – Larry Ochs : Saxophones ténor & sopranino – Miya Masaoka : Koto – Xu Fengxia : Guzheng – Sylvain Kassap : Clarinettes

Produit par Michel Dorbon

En savoir plus : www.web.roguart.com/shop/album/id/75


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