Jack White : House Boarding Reach


21ST CENTURY SCHIZOID MAN

Pochette de House Boarding Reach par Jack WhiteQuatre ans d’attente ! En fait non, seulement 1 382 jours, et puis au milieu de cela, un troisième Dead Weather, des featuring sur le dernier A Tribe Called Quest, le projet « American Epic », une compilation acoustique, un livre pour les enfants, etc… Comme quoi Jack White, qui souhaitait voir grandir ses deux gosses, sait occuper le terrain.

 

La variété de ses passe-temps est un révélateur du goût du bonhomme, ne jamais se laisser enfermer dans une case. Être le singe savant offrant le cocktail de la machine à tube bien huilée, très peu pour lui. Depuis plus de vingt ans, Jack White est passé d’un groupe à un autre, il a renouvelé sa garde-robe, son rack de guitares et ses coupes de cheveux sans jamais tomber dans la routine. Il créé l’hymne ultime du rock, il revient avec un disque gavé de piano, de marimbas et de mandoline. On l’adule comme le dernier guitar-hero, il se retrouve derrière les toms. On le désigne comme le producteur de rêve du prochain Stones ou Stooges, il remet sur le devant de la scène une octogénaire prêtresse du rock ’n’ roll (Wanda Jackson)… Donc l’art de la surprise n’en est plus vraiment une, mais la règle du jeu !

Cette fois-ci, la règle était de s’enfermer maximum trois jours dans un studio équipé du minimum syndical et de tester ses idées avec une quinzaine de nouveaux musiciens venus de tous les horizons. Il tape la jam avec la bassiste Charlotte Kemp Mulh (compagne de Sean Lennon), l’organiste de soul/jazz Neal Evans (Soullive) ou Neon Phenix, connu pour travailler avec Jay-Z et Kanny West. Le concept fonctionne et après New-York, il réitère à Los Angeles. Lui-même est très surpris du résultat et admet avoir pris le temps nécessaire d’en découvrir les multiples facettes. Il en va de même pour l’auditeur. Ce disque ne peut être compris en une seule écoute. Certains aiment avoir l’unité de style et lâchent leurs critiques sur le côté décousu de l’œuvre. Ils brûlent l’objet, entendu comme un caprice musical sans queue ni tête… Jack leur offrant même un mot tout neuf (« Hypermisophoniac ») pour qualifier leur abjection auditive de cette œuvre. Oui, cet album est un immense shaker de rock, country, jazz, hip-hop, blues, gospel. Notable, Jack, lui-même, est totalement absent d’un titre de son propre disque (Abulia And Akrasia).

Oui, cet album est différent. Mais pour qui connait bien l’oeuvre de Jack White, on repère vite la traditionnelle chanson country (What’s Done Is Done), une  critique de la facilité d’aller se procurer une arme dans l’Amérique actuelle, le titre rock au riff bien rentre-dedans (Over & Over & Over), son côté prêcheur (Everything You’ve Ever Learned) venu du gospel ou d’un Son House… Les critiques axent sur l’influence du hip-hop (le génial Ice Station Zebra) mais c’est vite oublier que son phrasé est depuis longtemps imprégné de cette forme musicale. Celles et ceux qui aiment les solos de guitare peuvent se rassurer et aller écouter Respect Commander, un mix entre techno et Jeff Beck, ou celui de Why Walk A Dog ?. Jack White a fait le choix de faire entrer son art dans le troisième millénaire, multipliant les emprunts au passé (Humoresque) et les techniques de notre temps (Get In The Mind Shaft)… et si le « 21st Century Schizoid Man », c’était lui ? J+46

 

Jack White interprète en live Corporation


13 titres / 44 mn (Third Man Records) – Sortie le 23/03/2018

Jack White : Voix, guitares, claviers, batterie – Anthony « Brew » Brewster, Neal Evans & DJ Harrison : Claviers – Charlotte Kemp Muhl & NeonPhenix : Basse – Dominic Davis : Contrebasse – Bobby Allende & Carla Azar : Batterie, percussions – Justin Porée : Udu, percussions – Esther Rose, Ann & Regina McCrary : Chœurs – …

Produit par Jack White

En savoir plus : www.jackwhiteiii.com


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