Pillars And Tongues : End-Dances


EN PARLANT DE CHICAGO

Pochette de End-Dances par Pillars And TonguesChicago, vous connaissez ? Dans les années 20, les jazzmen venus de la Nouvelle Orléans y trouvent la sécurité de l’emploi dans les clubs tenus par la pègre.

C’est la joyeuse époque de la prohibition, d’Al Capone et des Incorruptibles, des fusillades dans les entrepôts clandestins et des hectolitres d’alcool frelaté coulant des tonneaux percés. On connaît tout ça. Dans les années 40, c’est l’électrification du blues du delta du Mississippi par des musiciens émigrés qui vont inventer le Chicago Blues, qui va exploser après-guerre. On connaît ça aussi. Dans les années 60, en pleine période du free jazz, c’est la ville où des jazzmen créent l’AACM (Association for the Advancement of Creative Musicians) pour promouvoir la nouvelle musique noire. Chicago, vous connaissez ? Au début des années 80, le DJ Frankie Knuckles, qui officie à la Warehouse, invente ce que l’on appellera la house music, qui a bercé la jeunesse de ceux de mes amis qui allaient en boîte (moi, je restais à la maison, peu sensible aux potentialités cinétiques de cette musique). C’est aussi là qu’à la fin des années 80, un amateur de poésie, Marc Smith, crée des tournois de poésie déclamée qu’on appellera « slam ».

On pouvait se douter qu’il s’était plus passé de choses à Chicago qu’à Beuvry (Pas-de-Calais, 62), mais toute cette culture ne vous sera pas d’une grande utilité, à l’écoute du dernier disque de Pillars And Tongues, « End-Dances ». En fait, que le trio constitué par Ben Babbitt, Elisabeth Remis et Mark Trecka soit de là-bas, on s’en tape un peu le coquillard, cette musique échappant à toute géolocalisation, même si de lointaines racines folk trahissent un ancrage dans la musique de l’Amérique profonde. Mais toutes ces influences sont tellement malaxées et remixées que le résultat final échappe aux classifications simplistes. Sur un tapis orchestral improbable (harmonium, synthétiseur, clarinette, violon, basse, percussions), qui génère des boucles tout à fait fascinantes, Mark Trecka pose une voix parfois à la limite de l’incantation, mais sans affectation. C’est très étrange, mais si le deuxième album de David Byrne et Brian Eno avait été celui que j’attendais, ç’aurait été sûrement proche de ça. Et je me demande si ce qui m’attire le plus dans ce disque n’est pas le tapis. Certes, on pourrait faire réduire tout ça à la cuisson et rejouer l’album avec une guitare et un tambourin, mais on perdrait toute la texture sonore qui fait pour moi la richesse de cet album. Si le monde était bien fait, il existerait une version karaoké de ce disque, et je pourrais vérifier. Mais peut-être me rendrais-je compte alors que la voix fait partie du tapis. Et donc… Chicago, vous connaissez ?

La vidéo officielle de Knifelife


8 titres / 47 mn (Murailles Music) – Sortie le 17/02/2014

Ben Babbitt : Basse, batterie, voix, synthétiseur, mbira, clarinette, loops – Elisabeth Remis : Violon, voix, loops, percussions – Mark Trecka : Voix, harmonium, pump organ, piano, synthétiseur, percussions

Réalisé par Theo Karon

En savoir plus : www.muraillesmusic.com


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