Erik Truffaz Quartet : Doni Doni


SOUFFLE-DEVIS

Pochette de Doni Doni par Erik TruffazJ’en rêvais, Parlophone l’a fait. En janvier, la maison de disques publiait le dix-neuvième album du trompettiste Erik Truffaz, me permettant ainsi de mettre un terme providentiel aux élucubrations digressives de mes deux dernières chroniques, souvenez-vous.

 

Je découvrais Truffaz en 1999. Il sortait alors son quatrième opus « Bending New Corners ». J’avais vingt-trois ans, je jouais au sein d’une grande formation de jazz et ce disque m’invitait à envisager le jazz sous un angle nouveau et terriblement créatif. Tel le Petit Poucet et ses miettes de pain, le trompettiste traçait le chemin d’un style qui lui collera à la peau en devenant immédiatement reconnaissable. Petit à petit, le Erik Truffaz Quartet devenait une famille avec ses figures, ses codes et ses habitudes faites pour être rompues, et flirtait toujours plus avec la pop instrumentale et le rock, la world music et le hip-hop. Tout en maintenant une cohérence folle, chaque album semblait écrit en réaction au précédent et se nourrissait de la discographie qui s’allongeait et de la famille qui s’agrandissait. Les titres des disques (« El Tiempo De La Revolucion », « Arkhangelsk », « Mexico », « Benares » …) parlaient d’eux-mêmes et en disaient long sur la curiosité et le nomadisme musical du personnage. Dix-sept ans plus tard, rien n’a changé et le dernier-né ne déroge pas à la règle.

Ce qui est génial chez cet apôtre de Miles Davis (bah oui, son dernier repas à lui sera la scène), c’est cette capacité à se laisser nourrir des voix qui interviennent sur chaque projet. Il y avait déjà eu le rappeur suisse Nya, le chantre soufie Mounir Troudi et le crooner Ed Harcourt. Cette fois, si Oxmo Puccino est la voix du (faux) single annoncé, c’est la chanteuse malienne Rokia Traoré qui donne sa tonalité africaine à toute la musique du quartet. Marcello Giuliani est à la basse (au banjo sur le très roots Seydou), et Benoît Corboz aux claviers. Seul Marc Erbetta, batteur historique du groupe, cède sa place au jeune Arthur Hnatek – déjà aperçu aux côtés du phénomène Tigran Hamasyan, rien que ça – sans oublier toutefois de laisser planer son ombre erbettesque (ça n’existe pas ? Alors c’est moi qui ai l’air bêtesque) sur la rythmique de Kudu. Dès les premières mesures de la Comptine d’ouverture, le ton est donné : a capella intime, la trompette et la voix de Rokia Traoré se répondant, en apesanteur, sur le souffle du trompettiste qu’il a à revendre. Voilà bien une histoire qui va me coûter cher.

 

Le Erik Truffaz Quartet interprète Doni Doni (part 2) au festival World Stock


 

10 titres / 47 mn (Parlophone) – Sortie le 15/01/2016

Erik Truffaz : Trompette, baryton – Benoît Corboz : Fender Rhodes, orgue, piano – Marcello Giuliani : Basse, banjo – Arthur Hnatek : Batterie, percussions, électronique – Rokia Traoré & Oxmo Puccino : Voix

Produit par Two Gentlemen (production exécutive)

En savoir plus : www.eriktruffaz.com

 


 

One Comment on “Erik Truffaz Quartet : Doni Doni

  1. J’adore ! Mais pourquoi cela me surprend-il ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *