Eleni Karaindrou : David


 MA MÈRE, LE SIRTAKI ET LA TORTUE

Pochette de David par Eleni KaraindrouQuand j’étais petit, la musique grecque, c’était le sirtaki. Ma mère devait danser ça dans des soirées où je n’étais pas invité. Ou dont j’ai perdu tout souvenir.

 

 

Égarée dans la discothèque parentale, entre Alain Barrière et Serge Lama, la musique de Mikis Theodorakis pour le film Zorba Le Grec (en 1964) était la seule qui ressortissait alors des « musiques du monde », une catégorie qui ne naîtrait que vingt ans plus tard. Le bouzouki devenait subitement un instrument familier, une sorte de guitare primitive au son frais et nouveau. La Grèce est revenue dans mon univers bien des années plus tard, avec le paradoxe de Zénon d’Élée. Quand Achille accepte de faire la course avec la tortue et que, dans un grand élan de générosité, il laisse un peu d’avance au chélonien. Sauf que, pour rejoindre la tortue, Achille doit d’abord parcourir la moitié de la distance qui l’en sépare. Et la moitié de cette distance elle-même. Et ainsi de suite, à l’infini.

Essayez avec votre tortue de compagnie : c’est vous qui gagnez. Il n’empêche, d’un point de vue logique, ça a perturbé mon sommeil. Mais la musique était loin, dans cette histoire. Elle est revenue par la petite porte, quand, en 2006, j’ai découvert l’enregistrement Elegy Of The Uprooting d’Eleni Karaindrou, un concert regroupant en deux CDs la plupart de ses musiques pour le cinéma et le théâtre. D’origine grecque, elle a composé la musique de dix-huit longs métrages pour le cinéma, de trente-cinq pièces de théâtre et d’une bonne dizaine de téléfilms. Le grand vainqueur est le réalisateur Theo Angelopoulos, avec qui elle a collaboré pour six films, dont L’Apiculteur (1986) et Le Pas Suspendu De La Cigogne (1991). Enregistré en novembre 2010, mais sorti en CD en novembre dernier, David est une cantate pour solistes, chœur et orchestre, basée sur le texte d’un poète anonyme du 18ème siècle, originaire de l’île de Chios. Pas de bouzouki, ici : l’exotisme n’est pas de rigueur. Hautbois, flûte, clarinette… et le superbe violon alto de Kim Kashkashian, que j’avais déjà admiré, naguère, dans sa version de Naturale de Luciano Berio, sur le même label. Mais Berio incarnait une forme de musique contemporaine à laquelle le grand public était réfractaire. Eleni Karaindrou incarne l’autre face de la même médaille : une musique consonante, agréable d’écoute, dont la complexité secrète ne se révèle pas à la première écoute. Merci à Manfred Eicher et au label ECM pour cette découverte : ma mère, où qu’elle se trouve à l’heure actuelle, aurait sûrement apprécié.

 

Le morceau d’ouverture


13 titres / 44 mn (ECM) – Sortie le 25/11/2016

Kim Kashkashian : Alto – Irini Karagianni : Mezzo-soprano – Tassis Christoyannopoulos : Baryton – Vangelis Christopoulos : Hautbois – Stella Gadedi : Flûte – Marie-Cécile Boulard : Clarinette – Sonia Pisk : Basson – …

En savoir plus : www.facebook.com/eleni.karaindrou.official


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