Aphex Twin : Cheetah


TÉLESCOPAGE ESTHÉTIQUE

Pochette de Cheetah par Aphex TwinMon premier contact avec Aphex Twin remonte à il y a au moins quinze ans. A cette époque où E-mule et Kazaa (coucou Hadopi!) ouvraient la porte du paradis à tous les internautes musicalement insatiables – moyennant 90 minutes de prières au Dieu Internet pour qu’il maintienne sa connexion –, je téléchargeais les clips de mes groupes de rock préférés.

 

Et parfois, au milieu de quelques sessions-surprises où le produit n’était pas conforme à la description – comme lorsque des gémissements de madames toutes nues venaient percer mon écran en lieu et place des cris galopants attendus de Serj Tankian –, je me laissais porter vers des horizons inconnus. Autrefois étrangère à l’électro, j’avais entendu dire d’Aphex Twin qu’il en était une pointure. J’ai donc cliqué sur le clip de Come To Daddy…. et suis restée imperméable à ses textures industrielles sèches et ses rythmes entrechoqués ultra-agressifs. Comment trouver de la musicalité là-dedans ?  Quelques flirts avec tout ce qui touchait de près ou de loin à la drum’n’bass, beaucoup d’années plus tard, et après de longues valses avec l’IDM, j’ai décidé de m’envoyer son album « Selected Ambient Work ». Je me souvenais simplement du visage démoniaque caractéristique du producteur britannique et de l’idée d’un bordel sonore sans nom. J’ai alors découvert que les compositions de Richard David James recelaient des passages charmants, mais non moins étranges, et je me suis demandée comment j’avais pu passer à côté pendant toutes ces années.

Naturellement, je me suis ruée sur « Cheetah », son dernier EP en date chez Warp (du nom du synthétiseur éponyme), et l’ai accompagné de ma lecture en cours d' »Ubik » de Philip K. Dick. C’est ainsi que l’ajout d’un ingrédient transdisciplinaire permet une rencontre authentique avec les tenants desdites disciplines (le maître de la science-fiction avait lui aussi résisté à mes premières tentatives de compréhension) : Aphex Twin a été l’ingrédient miracle de ma rencontre avec K. Dick, et inversement. Tous deux sont suspendus à un seuil de conscience inhabituel, en deçà ou au-delà duquel il arrive que le désenchantement social se transforme en réalité altérée. L’un et l’autre cultivent un sens de l’extravagance et de l’exigence qui frôle le génie (ou, ce qui revient à peu près au même, la folie). La matrice est la même : les univers discontinus, le temps qui régresse, la vie psychique fluctuante, la redéfinition permanente des règles. Chez AFX, cela se traduit par des rythmes syncopés auxquels se greffent des signaux d’ascenseurs en marche ou des notes cristallines imitant des outils technologiques rétro-modernes, le tout sur lit de nappes de synthés aériennes ondulantes. Mis en parallèle, ils esquissent désormais une forme cohérente et assimilable par mon esprit… décidément un peu trop opaque. Cheetah !

 

La vidéo officielle du single Cirklon 3 [Колхозная mix]


6 titres / 33 mn (Warp) – Sortie le 08/07/2016

Richard David James : Tous instruments – Thomas Beau : Masterisation – MITDR : Design

Produit par Aphex Twin

En savoir plus : www.cheetah-ep.com ou www.warp.net/artists/aphex-twin


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