Rafiq Bhatia : Breaking English


CASSER LA VOIE

Pochette de Breaking English par Rafiq BhatiaLe ciel est bleu, les oiseaux chantent et le soleil brille. A moins que ce ne soit l’inverse. Le joli mois de mai aurait pu s’écouler tel le fameux long fleuve tranquille cher à tous. Mais c’était sans compter sur le premier album du guitariste Rafiq Bhatia.

 

Pour toi, lecteur assidu qui arpente ces pages régulièrement, pour ta soif inextinguible de découverte, non, Rafiq Bhatia n’est pas un parfait inconnu. Il est membre du trio Son Lux, depuis qu’il a rejoint son leader Ryan Lott, qui officiait auparavant en solo. J’avais d’ailleurs chroniqué ici-même en 2014 le lumineux « Bones » qui marquait comme le début de ce ménage à trois prometteur. Et si cette polygamie totalement assumée a donné naissance à un nouveau rejeton en février dernier (« Brighter Wounds », chez City Slang), les protagonistes ne s’interdisent pas quelque aventure en solitaire, hors des sentiers battus. C’est ainsi que Rafiq Bhatia dévoile un premier effort sous son nom, et si l’ambiance n’est pas sans rappeler celle de la maison mère Son Lux (l’inceste vient donc s’ajouter à la polygamie…), le jeune américain semble vouloir aller encore plus loin en développant son propre langage à la grammaire rythmique et au vocabulaire foisonnant. Pour les non-initiés, un petit Bescherelle et un manuel de « Bhatiais pour les nuls » s’imposera malgré tout.

Car il ne faut pas se fier à la petite demi-heure que dure l’album. Ce sont là trente minutes denses faites d’expérimentations, de ruptures et d’un gros travail sonore (Bhatia se créditant d’un rôle de sound designer plutôt que de simple guitariste). On entendrait presque la voix de Ryan Lott se glisser sur quelques-unes de ces neuf compositions – toutes instrumentales – alors que le batteur de Son Lux Ian Chang ainsi que le bassiste Jackson Hill, déjà à l’œuvre sur « Bones », apparaissent ici clairement en dignes partenaires de jeux musicaux dans une nouvelle formule à trois, ce qui tend à brouiller encore plus les pistes. Ayant commencé l’écriture de ce disque à la lumière de l’affaire Trayvon Martin, qui avait ébranlé les Etats-Unis en 2012, le compositeur né de parents immigrés musulmans et dont les racines remontent jusqu’en Inde, sait de quoi il parle quand il s’agit d’être jugé sur ce que l’on fait et pas sur ce que les autres pensent de nous. D’où sûrement sa dédicace sur la (belle) pochette du disque : « A tous les profs qui me disaient que je n’arriverais jamais à rien (…) ». Que Bhatia se rassure.

 

Rafiq Bhatia interprète le single Hoods Up


9 titres / 31 mn (Anti Records) – Sortie le 27/04/2018

Rafiq Bhatia : Programmations, guitares, tampura, harmonium, voix – Jackson Hill : Basse – Ian Chang & Marcus Gilmore : Batterie – Nina Moffitt : Voix – Chris Pattishall : Synthés – Anjna Swaminathan : Violon – Jeremy Viner : Saxophone – Paul Corley & Alexander Overington : Programmations additionnelles

Produit par Rafiq Bhatia

En savoir plus : www.rafiqbhatia.com


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