The Monks : Black Monk Time


MÉDITATION MONACALE ESTIVALE

Pochette de Black Monk Time par The MonksIl y a un mois le monde de la musique commémorait le cinquantenaire du Sergent Poivre des quatre chevelus à moustaches de Liverpool. L’été 67 qui suivit cette sortie fut appelée le « Summer of Love ». Il serait d’usage avant nos très prochaines grandes vacances d’évoquer et de brancher nos ondes vers des airs positifs brumisés afin de décompresser.

 

Je vous propose tout l’inverse, insoumis que je suis. J’ai dans ma discothèque un groupe contemporain des Beatles à l’album unique. Il s’agit de The Monks. Avec ces cinq-là, on ne rigole pas. Avant même de placer le saphir sur le vinyle, c’est un style vestimentaire et capillaire unique qu’ils présentent à la scène comme à la ville. La sévère coupe tonsurale de leurs crânes (ils ne s’appellent pas les Moines sans raison) complétée par de noirs habits surmontés d’une corde de pénitent a toujours de quoi les placer dans la catégorie des dangereux, des frappas dingues ! Il y a un débat actuel sur un retour au service militaire, dont on aurait besoin afin de redonner ordre, rigueur et sens du devoir aux jeunes ! Et bien ceux-là mêmes, qui pensent que marcher en rythme en chantant des paroles guerrières et viriles ou bander en tenant un fusil vous rend docile lors du retour chez vous, peuvent voir et écouter le résultat de ce régime militaire sur de jeunes américains lors de leur service en Allemagne, la RFA d’alors ! Le monde était partagé en deux : le monde « libre » capitaliste et consumériste attaquait aux noms de ces valeurs démocratiques le camp « socialiste » notamment en Asie du sud-est et au Vietnam, les deux blocs surenchérissant l’un l’autre dans une course sans fin à l’armement nucléaire. Certes, si les jeunes occidentaux pouvaient à loisir s’offrir du bon temps, il planait au dessus d’eux la folie d’un Dr Folamour. Les Monks sont le fruit de ce monde schizophrène et deux titres (Monk Time et Complication) parlent crûment de cela : « People cry / People die for you / People kill / People will for you / People run / Ain’t it fun for you / People go / To their deaths for you…« .

Au terme de leur service, nos cinq ricains totalement désabusés par le monde d’alors se lancent dans une aventure musicale audacieuse complétée on l’a vu d’un choix vestimentaire peu commun. Leur carrière se limitera à cet album qui sortit uniquement en Allemagne. Heureusement, le monde culturel saura un peu apprécier ces dingues et nous disposons d’un  Graal filmé d’un quart d’heure, les Monks à la télévision à l’été-automne 1966. Jamais on n’aurait eu cela dans la France de De Gaulle ! Les voir, mais surtout les entendre,s c’est d’abord se dire qu’ils sont quasiment en avance de dix ans sur les punks. On retrouve chez eux un même sens de la provocation, du renvoi aux orties des bonnes convenances avec l’emploi de mots comme Shut Up! ou I Hate You pour leurs titres ! Leur musique est aux antipodes des sonorités lysergiques et orientalisées des Beatles (à l’image du morceau contemporain qu’était Tomorrow Never Knows). Elle se veut martiale, tranchante et coupante par l’emploi d’un banjo électrifié, d’un orgue Farfisa sans aucune retenue et d’une basse au fuzz omniprésent. Rien chez eux ne se prête à la romance. La caricature de thèmes musicaux pop (l’anti Motown That’s My Girl) et la dénonciation d’un monde au bord de la folie (Cuckoo) n’a rien perdu de sa pertinence un demi-siècle plus tard. Derrière l’apparence du beau se cache la laideur des âmes. De quoi méditer en vacances…

 

The Monks en concert au Beat Club en 1966


12 titres / 28 mn (Polydor) – Sortie le 01/05/1966, réédité en 2011

Gary Burger : Voix, guitare lead – Dave Day : Guitare rythmique, banjo électrique – Larry Clark : Orgue Farfisa – Eddie Shaw : Basse – Roger Johnston : Batterie

Produit par Jimmy Bowien

En savoir plus : www.the-monks.com


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