Cedric Burnside : Benton County Relic


PASSAGE DE FLAMBEAU

Pochette de Benton County Relic par Cedric BurnsideCe ne sont pas les Jeux Olympiques, mais ce mois-ci j’ai envie de vous parler d’un passage de flambeau de l’autre côté de l’Atlantique. Si vous suivez un peu mes chroniques, vous aurez certainement noté mon penchant pour les notes bleues.

 

Certes, le blues n’est plus très à la mode et ne semble être mis sur le devant de la scène qu’avec ce palucheur de manches qu’est Joe Bonamassa. Ici point de fioritures et d’artifices, j’ai veillé sur un musicien quarantenaire qui joue le blues comme il y a cent ans. L’anthologie « American Epic » me donnait l’occasion de narrer la grande variété en styles de la musique roots américaine, aujourd’hui il en va de même pour le blues. Il y a le Chicago Blues, le Piedmont Blues, celui qui nous occupe prend le nom de Hill Country Blues et longtemps il fut ignoré par le grand public avant d’être placé en tête de gondoles grâce au label Fat Possum dans les années 90. Les festivals folk des années 60 avaient alors remis dans la boucle les vieux patriarches Skip James, Son House, Bukka White. Durant les années 90 et 2000, les jeunes fans du Jon Spencer Blues Explosion ou des Black Keys découvrirent Junior Kimbrough ou R.L (Robert Louis) Burnside, qui est en fait le grand-père de Cedric. Leur son typique est localisé autour de la ville de Holly Springs dans le comté de Hills, au nord du Mississippi et à la frontière du Tennessee. L’écouter c’est rentrer en hypnose, la mesure régulière d’un tambour, qui pourrait être africain, est agrémentée par une guitare très avare en accords et où survécut à quelques rares endroits les petits ensembles fife & drums (fife = fifre en bambou), dont la petite fille d’Othar Turner, Sharde perpétue fort heureusement la tradition.

Cette motivation de garder intacte la musique des aïeux se retrouve dans la carrière de Cedric Burnside qui, outre son célèbre grand-père, eut aussi un père batteur (Calvin Jackson). A 40 ans, notre homme du mois a déjà une belle carrière puisqu’il fut batteur pour ses paternels dès treize ans, il a reçu quelques récompenses alors qu’il passe sa vie de famille et ses week-end dans quelques bars typiques de sa région natale. Pour son huitième album, Cedric ne change pas de formule, il a juste choisi de laisser Brian Jay s’occuper des fûts pour jouer de la guitare. Ses chansons ont deux facettes « Life can be so easy/Life can be so hard », car s’il y a bien une philosophie avec le blues c’est que la vie offre aussi quelques rayons de soleil, qu’elle soit dure ou cruelle. Pour terminer, juste deux choses : cette veille sera la dernière de l’année. Et comme tout se tient, j’avais pensé au tout début de 2018 vous parler d’une très belle collaboration entre un trio français originaire d’Auvergne (Hypnotic Wheels) avec toute une série de membres de cette scène musicale, dont bien évidemment fait partie Cedric Burnside. L’album connait un beau succès et s’intitule « Muddy Gurdy », jeu de mot entre la vielle à roue (hurdy gurdy en anglais) du français Gilles Chabenat et le climat moite des bords du Mississippi. Enfin, si souhaitez briller en société, n’hésitez pas à sortir le nom de Clifton DeBerry, l’autre célébrité du coin. Cet homme de couleur tenta par deux fois sa chance aux élections présidentielles américaines. Comme il n’était ni républicain ni démocrate mais membre du Parti Communiste Américain, il est aujourd’hui bien moins connu que Barack Obama. De bonnes fêtes à toutes et tous !

 

La vidéo officielle de Hard To Stay Cool


12 titres / 45 mn (Single Lock Records) – Sortie le 14/09/2018

Cedric Burnside : Voix, guitare, batterie – Brian Jay : Batterie, guitare, chœurs

Produit par Brian Jay & Cedric Burnside

En savoir plus : www.cedricburnside.net


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