Blockhead : Bells And Whistles


HIP-HOP BOURDONNANT

Pochette de Bells And Whistles par BlockheadExceptée peut-être sa passe décisive au rappeur Aesop Rock qu’il a produit, Blockhead a toujours été en arrière sur le terrain de la célébrité comparativement à Amon Tobin, Bonobo ou Mr Scruff.

 

 

S’il a enlevé son maillot Ninja Tune pour son dernier album, il continue de dribbler ses anciens confrères à coup de hip-hop instrumental sur ce grand terrain de jeu et d’inspiration qu’est New York. Je ne sais pas si le sifflement de la Grosse Pomme parviendra jusqu’au vieux continent, mais je suis sûre qu’il peut viser le haut du panier.  A l’écoute de « Bells And Whistles », comme toujours avec Blockhead, j’éprouve l’âme et l’histoire de cette New-York cosmopolite qui ne connaît pas le repos, comme si c’est elle que ce dernier avait samplée. Les beats hip-hop participent de cette vision, mais le DJ à la tête au carré pare l’orgueilleuse cité de verre d’atours rétro-mélancoliques en allant chercher ses voix et ses séquences instrumentales dans un mélange de culture urbaine, cinématographique et de cabaret, puisant toujours dans son propre réservoir de mélodies chargées de nostalgie. Le tout m’évoque tantôt un grouillement trépidant, tantôt un arrêt sur image, comme s’il fallait parfois suspendre le flot continu new-yorkais pour pouvoir s’y sentir tout à son aise. « Interludes After Midnight », son précédent opus, me faisait déjà flotter au milieu des buildings sur les rails du métro aérien.

Avec son dernier, non seulement je descends inna di streets me frotter aux gens et aux murs de la ville, mais j’emprunte aussi les escaliers de secours des vieux immeubles. Car, comme dans le délicieusement intimiste « Music By Cavelight », Blockhead a toujours un peu la tête dans les blocks, aux aguets dans son studio, un œil à la fenêtre, une oreille contre le mur de la chambre d’où lui parviennent les échos des vies voisines et des transistors en marche. Toutefois Blockhead ne se contente pas de se la jouer Fenêtre Sur Cour, de se laisser bercer par le ronron du métro ou de capturer les ambiances des quartiers.  Je retrouve formulé dans le deuxième morceau l’effet que sa musique m’a toujours fait : « Will you take a journey through yourself, by yourself, in yourself » ? Ce voyage intérieur, anonyme au milieu de la foule auquel Blockhead nous invite désormais en qualité de self made man, me rappellerait presque quelqu’un qui serinait qu’il marche seul, dans les rues qui se donnent, acteur et voyeur… ! Qu’à cela ne tienne, ce Ninja révolu est loin d’être un petit joueur et face aux autres Ninja du son, il peut marquer autant avec ses platines que dans le streetball. Dos au panier !

 

La vidéo officielle du single The Music Scene, extrait de l’album du même nom (2009)


12 titres / 60 mn (Autoproduit) – Sortie le 18/11/2014

Tony Simon (Blockhead) : Tous instruments – Damien Paris : Guitares, basse

Produit par Blockhead

En savoir plus : www.blockheadmusic.com ou www.ninjatune.net/artist/blockhead


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