Elisapie : The Ballad Of The Runaway Girl


FOLK INOUÏ(T)

Pochette de The Ballad Of The Runaway Girl par ElisapieIl va falloir se faire à l’idée : dans une semaine, c’est l’hiver. Ici, dans le Grand Nord (de la France, ne nous emballons pas), les températures baissent vertigineusement. Le monde se prépare à la venue du Père Noël. Bref, c’est le moment d’écouter Elisapie.

 

Elisapie Isaac a grandi au Nunavik, la région québécoise au nord du 55ème parallèle. Imaginez des paysages à vous couper le souffle et à vous faire mourir d’envie d’un bon vin chaud : un territoire froid, sauvage et terriblement inhospitalier. Ça vous forge un caractère bien trempé. Et la chanteuse, aussi réalisatrice d’un documentaire défendant ardemment les tradition et culture inuites, en fait preuve. « The Ballad Of The Runaway Girl » est son troisième album mais c’est le premier à être distribué de ce côté-ci de l’Atlantique. Je n’ai donc pas boudé mon plaisir de découvrir un souffle qui me fait inévitablement penser à celui, pourtant aux antipodes, de Vaiteani, températures – et tenues inhérentes – mises à part. Alors que l’une instillait sa culture polynésienne dans une musique folk des îles, la seconde nous invite bien à une célébration des grandes plaines américaines, mais… celles-là sont gelées. En résulte un folk nordique qui aurait très bien pu servir de bande son au superbe film de Sean Penn « Into The Wild », tant ces univers sont connectés l’un à l’autre. « The Ballad Of The Runaway Girl », c’est son histoire, celle de la jeune Nunavummiuq qui quitte la terre de ses ancêtres et va s’installer à Montréal pour ses études. C’est aussi un peu l’histoire de son peuple, naturellement isolé et mis à mal au fil du temps par l’impérialisme américain et son capitalisme galopant.

En quarante minutes et quelques pépites, Elisapie prouve qu’elle a tout d’une grande et n’a pas à rougir des comparaisons élogieuses que la critique peut établir : Alela Diane, Feist, Björk, Hope Sandoval… En ce qui me concerne, une écoute attentive aura surtout révélé la filiation évidente avec les américains de Bon Iver et leur deuxième opus : un folk atmosphérique, presque ambigu par moments ou les guitares sont reines mais où les synthés sont aussi rois. Le choix âpre du saxophone basse comme pierre à l’édifice n’est pas non plus sans rappeler la présence à l’époque de Colin Stetson, le saxophoniste d’Arcade Fire aux côté de Justin Vernon. Ici, c’est le multi-instrumentiste Joe Grass, fidèle compagnon de route d’un autre canadien en la personne de l’excellent Patrick Watson, qui pose sa voix et impose sa patte sur le disque. Voilà donc un beau disque de folk-world (ou serait-ce plutôt du world-folk ?) à mettre au pied du sapin, et surtout de la cheminée à côté, histoire de se réchauffer un peu. Nunavik en force !

 

La vidéo officielle du single Arnaq


10 titres / 40 mn (Bonsound/Yotanka) – Sortie le 14/09/2018

Elisapie Isaac : Voix – Joe Grass : Guitares, pedal steel, mandoline, banjo, synthés, violon, basse, percussions, voix – Nicolas Basque : Guitares, basse, synthés – Joe Yarmush : Guitares, synthés – Paul Evans : Synthés, violon, électronique – Robbie Kuster : Batterie, percussions, scie, chœurs – Jason Sharp : Saxophone basse – Manuel Gasse & Gabriel Gratton : Chœurs – Beatrice Deer : Throat singing – …

Produit par Elisapie

En savoir plus : www.elisapie.com


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