Ryuichi Sakamoto : Async


APRÈS LA MALADIE

Pochette de Async par Ryuichi SakamotoQuand il sortit de l’hôpital, le brouillard était là. Un brouillard dense. Le cancer avait été mis en déroute, et il s’attendait à ce que le monde célèbre sa victoire par un soleil lumineux, mais le monde se moquait de son combat contre la maladie. Il décida de se remettre à peindre.

 

En 1983, quand le public découvre Merry Christmas, Mr. Lawrence (en France, Furyo, pour des raisons qui m’échappent), Ryuichi Sakamoto est déjà une star au Japon, notamment comme pilier du Yellow Magic Orchestra, déclinaison tokyoïte de l’electropop anglaise de l’époque. Le thème principal, obsessionnel à souhait, va s’imposer comme l’une des ritournelles les plus imparables de l’histoire de la musique de film.

Sakamoto y figure également en tant qu’acteur, aux côtés de David Bowie, considéré à l’époque comme l’alter ego anglais de l’artiste nippon. De loin en loin, Sakamoto revint faire des incursions dans ma discothèque, la dernière en date en 2013, pour le disque Ancient Future, en compagnie du guitariste canadien Christopher Willits. Un disque où se révélaient de manière particulièrement évidente ses talents de coloriste. Mais c’était avant la maladie, qui l’obligea à interrompre sa production pendant plusieurs années. Outre un toucher de piano très singulier, qui se reconnaît entre mille, c’est probablement le caractère plastique de sa musique qui m’a le plus marqué. Un talent remarquablement mis en valeur dans ce dernier opus, Async, avec ce jeu constant entre le sujet et le fond. Où, régulièrement, le fond gagne, finissant par submerger le sujet en se plaçant à l’avant-plan. Le Japon est loin. Un peu de shô sur un titre, un peu de shamisen sur un autre. C’est tout. Le label « Musiques du monde » ne convient pas à cette musique, qui incarne pourtant une autre forme de mondialisation, loin de tout folklorisme.  On y croise aussi bien le fantôme de Jean-Sébastien Bach que celui de Chopin, même si Sakamoto présente ce disque comme la bande originale d’un film imaginaire d’Andreï Tarkovsky. Et c’est vrai, l’univers de Stalker n’est pas loin. Le père, Arseny Tarkovsky, non plus, avec ce magnifique poème, And this I dreamt, and this I dream, lu par David Sylvian en personne. Paul Bowles est là aussi, dans un extrait de The Sheltering Sky, qui fut adapté au cinéma par Bernardo Bertolucci (en France, Un thé Au Sahara, pour des raisons qui m’échappent tout autant). Un grand disque.

Dans le brouillard, il vit passer l’ombre de Jean-Sébastien, concentré, tentant de remettre de l’ordre dans cet univers dilué. Un peu plus loin, un homme aux yeux vairons lui faisait signe de la main. Les autres peintres étaient trop loin pour qu’il puisse les identifier.

 

Le teaser de l’album


14 titres / 61 mn (Milan) – Sortie le 28/04/2017

Ryuichi Sakamoto : Piano, électronique, sons ambiants – Christian Fennesz : Guitares, ordinateur – Luca : Voix – Ko Ishikawa : Shô – Honjoh Hidejiro : Shamisen – David Sylvian : Spoken word – …

En savoir plus : www.sitesakamoto.com


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