Pierre Henry : L’Apocalypse


L’APOCALYPSE N’EST PAS POUR DEMAIN

Pochette de L'Apocalypse par Pierre HenryEn novembre 2013, au Capitole de Toulouse, on reprend l’Apocalypse de Jean, de Pierre Henry.Ce qui motive la remasterisation de la pièce en question, sous la forme d’un double CD.

 

Ce qui motive aussi, pour la plus grande joie de tous, ma chronique de ce mois. Certes, dans sa version originale, ce n’est pas vraiment une nouveauté, puisque ça date de 1968. Mais quand l’apocalypse arrivera, ces chipotages de dates n’auront plus guère d’importance puisque, comme nous le raconte ce brave Saint Jean, au chapitre X de son Magnum Opus, un ange plein de force, avec un arc-en-ciel sur la tête, se tiendra debout sur la mer et sur la terre, lèvera la main vers le ciel et jurera par Celui qui vit dans les siècles des siècles, disant : « Il n’y aura plus de Temps« . Ni d’enregistrements, ni de calendrier de publication pour LesVeillesMusicales. Et même si, dans la période trouble de sa publication, pour certains l’Apocalypse semblait arrivée, nous savons désormais qu’il nous faut encore attendre. Une certaine révolution dans la musique s’était néanmoins produite dans les années 1950, avec l’avènement de la musique concrète, quand Pierre Henry assistait Pierre Schaeffer dans sa grande entreprise de chamboulement de nos habitudes musicales. Avec l’arrivée de la bande magnétique, un nouveau monde s’offrait aux compositeurs de l’époquecopier, coller, mettre à l’envers, ralentir, accélérer les sons à priori les moins musicaux possibles faisaient miroiter des lendemains sonores inouïs.

Après le clash avec Schaeffer, Pierre Henry s’est fait (un peu) connaître du grand public avec sa « Messe Pour Le Temps Présent » dont le célèbre Psyché Rock a depuis lors était remixé un nombre incalculable de fois par les artisans de la techno. « Du mauvais rock, avec des zigouigouis électroniques autour » dirent alors les esprits chagrins. Mais ça se dansait, ce qui n’était pas gagné d’avance (mais en 1977, Donna Summer, avec I Feel Love, devait démontrer brillamment que l’électronique avait un avenir sur les dance floors). Mais si nous revenons à nos moutons, les fans de David Guetta risquent ici de perdre contenance : la musique crie, vente, pleut, explose, se tord, comme une traduction sonore des tableaux de Jérôme Bosch, assistée par la savoureuse diction à l’ancienne de Jean Negroni. Le voyage n’est pas de tout repos et des mouvements comme Les Âmes Crient ou Bête De La Mer ne facilitent pas la digestion. Ce qui démontre que cette pièce écrite il y a plus de quarante ans n’a rien perdu de de sa puissance et de son pouvoir évocateur. Ceci dit, ne paniquons pas : un des mouvements nous dit que, le moment venu, il n’y aura plus aucun vent sur la terre. Je revenais la semaine dernière de Dunkerque par l’autoroute et j’ai cru deviner, avec reconnaissance, que l’Apocalypse n’était pas pour tout de suite.

 

Des extraits de L’Apocalypse de Pierre Henry


20 titres / 101 mn (Decca) – Sortie le 4/11/2013

Pierre Henry : Réalisation sonore – Jean Negroni : Voix

En savoir plus : www.brahms.ircam.fr/pierre-henry


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