Julia Wolfe : Anthracite Fields


LE ROI DU CHARBON ET LA REINE DES FLEURS

Pochette de Anthracite Fields par Julia WolfeRoses, muguet, violettes, asters, lilas, tulipes, dahlias, pavot, pensées, jacinthes…, ce n’est que le début d’une longue liste établie par Barbara Powell, fille et petite-fille de mineurs en Pennsylvanie. Dans une interview, elle disait que pour égayer leurs vies, ils avaient tous des jardins, et elle se mettait à en énumérer les fleurs.

 

Les compositeurs répétitifs aiment les listes. Elles produisent des textes à peu de frais : ici celui du quatrième mouvement (Flowers) de la dernière œuvre de Julia Wolfe : « Anthracite Fields ». Julia Wolfe n’est pas une nouvelle venue dans ces pages : elle était déjà présente dans la composition de « Shelter », avec ses collègues Michael Gordon et David Lang. Son style s’inscrit dans la désormais longue lignée des compositeurs américains ayant émergé à la suite des compositeurs minimalistes des années 1960, comme Philip Glass ou Steve Reich. Mais cette nouvelle génération, tout en gardant un profond sens de la pulsation et des cellules qui se répètent, a largement ouvert le style et l’on n’y trouve plus que rarement l’austérité radicale et militante des premières œuvres de Glass, par exemple. La présence dans l’instrumentation de batterie et de guitare électrique fait même basculer certains passages (fin du deuxième mouvement) du côté du rock, même si, on peut s’en douter, on est très loin de Chuck Berry.

Les cinq mouvements d' »Anthracite Fields » se centrent sur la pénible vie des mineurs dans les « champs d’anthracite », ce dernier considéré comme le diamant du charbon, son roi, car sa forme la plus pure. Interprétée par le Bang On A Can All-Stars et le chœur de Trinity Wall Street, cette œuvre ambitieuse, récompensée par un Prix Pulitzer pour la musique, ne rate pas sa cible, dans son évocation d’un pan de l’histoire américaine. Entre 1869 et 1916, des accidents miniers ont impliqué un nombre impressionnant de mineurs : Julia Wolfe a gardé le nom de tous les prénommés John : Ace, Art, Ash, Ayers, Bab, Backs, Baer, Bail et ainsi de suite jusqu’à la fin de l’ordre alphabétique. Les compositeurs répétitifs aiment les listes.

L’élaboration d’« Anthracite Fields »


5 titres / 60 mn (Cantaloupe) – sortie le 24/11/2015

Bang On A Can All-Stars (Ashley Bathgate : Violoncelle, voix – Robert Black : Basse – Vicky Chow : Piano, clavier – David Cossin : Batterie, percussions – Mark Stewart : Guitare, voix – Ken Thomson : Clarinettes) – The Choir Of Trinity Street (dir. Julian Wachner)

En savoir plus : www.juliawolfemusic.com


One Comment on “Julia Wolfe : Anthracite Fields

  1. Le docu est super intéressant, j’adore. Et je découvre enfin Julia Wolfe !
    J’aime faire des listes, cela fait-il de moi un compositeur répétitif ?

    Merci pour la découverte.

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