Idris Ackamoor & The Pyramids : An Angel Fell


ASSIS SUR LE REBORD DU MONDE

Pochette de An Angel Fell par Idris AckamoorJe ne sais pas ce que vous pensez de ce dicton mis en musique par Bo Diddley « You can’t judge a book by its cover », mais pour moi l’art graphique d’une pochette de disque joue parfois beaucoup dans l’achat d’un album inconnu. Mon disque du mois gagne sur les deux tableaux.

 

Visuellement la pochette gatefold (œuvre de Lewis Heriz) est une sorte de fin du monde très actuelle avec le changement climatique, inévitable épée de Damoclès de notre temps. Les éléments s’y déchainent : tornade, maelström, tremblement de terre et tsunami viennent détruire des bâtiments en bord de mer (avis à ceux qui voudraient toucher à la loi littorale). Désolant panorama où une nymphe négroïde semble un ange paralysé d’effroi. Mais pour moi, la pointe du saphir tourne depuis des jours sur les quatre faces, et dans ma confortable chambre point d’effroi mais une joie profonde m’envahit à l’écoute de ce groupe… en fait culte ! Après plus de trois décennies de repos, Bruce Baker (alias Idris Ackamoor) a remis en piste ses Pyramids. Il s’agit en fait d’un nouveau line-up dont ne subsiste que le saxophoniste et la violoniste Sandra Poindexter. Dans les années 70, ces Américains – biberonnés au jazz cosmique d’un certain Sun Ra et élèves de Cecil Taylor (disparu récemment dans un silence médiatique non-étonnant) – ne trouvèrent pas vraiment leur public. Leur jazz était un mix d’afro-jazz-rock et ils se présentaient à la scène dans d’exo(cen)t(r)iques costumes. Même si à l’époque, côté style, ils étaient totalement battus par la bande de dingues menés par George Clinton (Parliament/Funkadelic), l’expérience prit fin, après trois disques (ultras collectors), en 1977.

De retour en 2016 avec « We Be All Africans », Idris Ackamoor & The Pyramids a bonifié avec le temps, sans se renier. Leur musique prolonge les sabbats languissants et hypnotiques que j’aime tant dans les œuvres de Pharoah Sanders par exemple. Ce mélange de tzigane (l’effet violon) et d’afro jazz, voire de reggae (Land Of Ra), ne pouvait qu’être au goût de Malcolm Catto, tête pensante des Héliocentrics. Un album qui plaira donc à celles et ceux qui aiment sentir l’effet des notes bleues opiacées. Un instant suspendu au paradis avant l’ultime chute ?

 

La version audio de Message To My People, extrait de l’album


8 titres / 67 mn (Strut Records) – Sortie le 11/05/2018

Idris Ackamoor : Saxophone ténor, keytar, voix – Sandra Poindexter : Violon, voix – David Molina : Guitare, effets, chœurs – Skyler Stover : Basse, chœurs – Johann Polzer : Batterie – Bradie Speller : Congas, Handsonic, chœurs

Produit par Malcolm Catto, David Molina & Idris Ackamoor

En savoir plus : www.idrisackamoorandthepyramids.bandcamp.com/album/an-angel-fell


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