American Epic : 5 CD Box Set


L’ÉPOPÉE FANTASTIQUE

Pochette de American EpicC’est le serpent qui se mord la queue. Après ma chronique récente sur le dernier album de Betty Bonifassi et sa réinterprétation de chants issus de la collection Lomax, voici une plongée de près de cinq heures au cœur des racines de la riche musique nord-américaine.

 

Ce projet de longue haleine fut porté (financièrement et moralement) par trois personnalités : Robert Redford d’un côté et les musiciens Jack White et T-Bone Burnett de l’autre. Il s’organise en divers supports. Les téléspectateurs américains n’ont pas que les tweets de leur décervelé de président pour passer le temps. En effet, il y a quelques semaines ils purent aussi le remonter (le temps !) à travers trois émissions sur la chaîne PBS, dont on espère ici en Europe (et partout ailleurs) un DVD. On peut également se porter acquéreur d’un best-of des principaux artistes d’antan via l’édition en vinyle (un pléonasme) du label Third Man Records. Les moins téméraires peuvent plus communément rentrer dans cette musique grâce aux reprises offertes par Elton John, Taj Mahal, Alabama Shakes, Nas… dont l’enregistrement s’est effectué à l’ancienne sur une machine remontée pièce par pièce par l’ingénieur Nick Bergh. Ou, comme votre serviteur, s’offrir ce splendide coffret de cinq disques (17 à 23 titres) thématisés suivant la région d’origine des enregistrements : Atlanta, New York ou le Midwest par exemple. Le tout est magnifiquement mis en valeur sous forme de livre où chaque chanson est détaillée avec, à chaque fois que c’était possible, une photographie de l’artiste, les paroles, une bio. Une archéologie musicologique de très haute qualité.

Le développement de la technologie portative favorisa dans les années 1920-1930 la captation par divers labels (Victor, Okeh, Columbia, Vocalion, Brunswick…) de musiciens encore vierges, c’est à dire jouant le style de leur ville, de leur région ou de leur ethnie. Le country-blues du Mississippi est présent avec les légendes du style que sont Charley Patton, Skip James, Son House ou Robert Johnson, mais ce sont les jug bands qui se révèlent les plus roots. Le jug étant une bouteille en verre dans laquelle le musicien soufflait, une manière comme une autre de produire un son sans avoir à acheter un instrument coûteux. Si les musiciens noirs sont légions, on remarque de suite une multitude de blancs (moins connus) jouant l’autre musique originelle des Etats-Unis, la country. Rassurez-vous, leur style est à des années lumières de la soupe actuelle portant ce nom générique. Le violon est souvent la vedette d’une musique où les influences venues d’Europe (musique celtique) sont très perceptibles. En parlant du « Vieux Continent », certaines chansons portent des titres comme Ma Blonde Est Partie, Prenez Courage, ou La Danseuse. Ils nous rappellent qu’une bonne partie des Etats-Unis fut jusqu’en 1803 un territoire français et que ces Américains continuaient un siècle plus tard à parler une sorte de français souvent incompréhensible pour nous, le cajun, en s’accompagnant d’un accordéon (comme Amédée Ardoin).

Au pays du melting-pot, on connait la force démographique actuelle des populations hispaniques (dans peu de temps, ils seront majoritaires au pays du KKK), et le disque n°3 s’ouvre d’ailleurs sur le Cuarteto Flores puis Los Borinquenos. Mais ne manquerait-il pas quelqu’un ? En manière de style, peu voire pas de jazz. Je signale juste ce titre tonitruant et endiablé du Dixieland Jug Blowers : Banjoreno. Non, il ne manque aucune catégorie du peuple américain car même les musiciens amérindiens (Hopi Indian Chanters) ou hawaïens (Mike Hanapi & Ilima Islanders) sont écoutables ici. La très bonne surprise de ce coffret c’est le travail apporté à la restitution du son. Il est même formidable pour des formats originels en 78 tours très rares qui furent souvent oubliés, mis au rebus, voire détruits par centaine de milliers au moment de la Seconde Guerre mondiale afin d’être réutilisés dans l’armement ! Un pur plaisir car même un novice pourrait reconnaître des mélodies plus communément associées à des artistes des années 50 et 60 : la mélodie du Bull Doze Blues d’un certain Henri Ragtime Thomas sera reprise note pour note par le groupe Canned Heat pour son Goin’ Up The Country, alors que Just Because, des Nelstone’s Hawaiians en 1929, deviendra l’une des premières chansons d’Elvis chez Sun Records en 1954 !

 

Le trailer officiel d’ « American Epic »


100 titres / 5 h (Sony Legacy) – Sortie le 19/05/2017

Différents artistes

Dirigé par Bernard MacMahon

En savoir plus : www.americanepic.com


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