Michael Chapman : 50


VIVRE OU CONDUIRE

Pochette de 50 par Michael ChapmanLe Northumberland, vous connaissez ? Je vous épargne des recherches : c’est à la frontière de l’Écosse. Et c’est là qu’est né, en 1753, Thomas Bewick, fils de charbonnier. Il fut probablement le plus grand graveur de son temps, réputé pour ses reproductions d’animaux, et plus particulièrement d’oiseaux.

 

Même Charlotte Brontë le mentionne au tout début de Jane Eyre, c’est dire… Thomas Bewick est très anglais. Ce sont deux de ses gravures qui ornent la pochette intérieure de « 50 », le dernier album de Michael Chapman. Un album qui, lui, est très américain. Michael Chapman a maintenant 76 ans. Il a été un de ces guitaristes, artisans du revival folk anglais des années 70 avec John Renbourn et Bert Jansch, dont la technique remettait au goût du jour le folklore anglo-celte. Mais il y a deux différences de taille entre Renbourn/Jansch et Chapman. La première est que ce dernier n’a jamais joui de la réputation de ses collègues. La deuxième est que, lui, est toujours vivant.

À écouter « 50 » distraitement, on pense à Dylan, Spingsteen, Young (Neil, pas Lester) ou Morrison (Van, pas Jim). Et puis on réalise vite qu’il y a autre chose que les traces de ces grands anciens, dans ce disque. D’abord les textes, à la fois elliptique et efficaces. Chapman est loin du Nobel de littérature mais les climats sont là, et bien là, avec un sens de la formule qui fait parfois mouche, comme le sidérant de simplicité Sometimes You Live, And Sometimes You Just Drive. Le déplacement, l’errance ou la fuite sont omniprésents. Ou la panne (Qu’est-ce qu’il fabrique, Ramon, avec le moteur ?). Tout ça dans une ambiance désenchantée qui ferait passer Bashung pour un comique troupier. Ensuite le son d’ensemble, largement dû à la guitare et à la production de Steve Gunn, qui donnent un caractère halluciné aux morceaux les plus conventionnels. Vous êtes aux États-Unis et vous ne savez pas précisément où vous êtes. Mais vous roulez. Et, par la vitre, le paysage de cette musique vous raconte une autre Amérique. Avec en arrière-plan le canard de Thomas Bewick, fragment échappé d’une Angleterre qui n’existe plus.

 

Une de mes chansons préférées


10 titres / 57 mn (Paradise Of Bachelors) – sortie le 20/01/2017

Michael Chapman : Voix, guitare, piano – Bridget St John : Voix – Steve Gunn : Guitare, voix, batterie – Nathan Bowles : Batterie, percussions, banjo, piano, orgue, voix – James Elkington : Guitare, piano – Jimy SeiTang : Basse, synthétiseurs, voix

Réalisé par Steve Gunn

En savoir plus : www.michaelchapman.co.uk


One Comment on “Michael Chapman : 50

  1. Super. J’adore! Merci pour la découverte. C’est reposant avec de belles mélodies.

    A bientôt!

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