Florian Pellissier : Cap De Bonne Espérance


CAP OU PAS CAP ?

Pohette de Cap De Bonne Espérance par Florian PellissierJe quitte les îles de mes dernières découvertes pour un Cap, et pas n’importe lequel. Mais rien à voir avec le nez de Cyrano, puisqu’il est plutôt question cette fois de jazz et de bleu. En un mot (enfin deux) comme en cent donc, de Blue Note.

 

Blue Note Records, c’est ce panthéon du jazz sur lequel furent publiés un nombre étourdissant de disques d’anthologie dans les années 50 et 60, avec les mêmes recettes qui faisaient mouche à chaque envoi (Cyrano n’est donc pas si loin). Des pochettes devenues à elles seules des standards de jazz et des albums dont le titre était déjà en soi une promesse de groove, une invitation à la débauche rythmique (« Ready For Freddie », « Trompeta Toccata », « A Caddy For Daddy », ça sonne, non ?). On pourrait aussi parler de véritables tubes aux versions intemporelles (Blues March, Autumn Leaves, A Night In Tunisia, Song For My Father, Watermelon Man, j’en passe et des meilleurs…), et bien sûr cette écurie Blue Note, qui vit défiler les plus grands : Thelonious Monk, John Coltrane, Herbie Hancock, Art Blakey, Wayne Shorter et tant d’autres. Mais surtout, pour nos chères petites oreilles, ces disques-là c’est un son reconnaissable entre tous.

Et c’est ce son légendaire que Florian Pellissier ressuscite avec son fidèle quintet aujourd’hui. Imaginez un peu : timbre des instruments, cohésion des musiciens, lignes mélodiques et rythmiques, tout est réuni ici pour faire de ce disque une sorte d’étude réussie de ce que fut le style Blue Note, à l’exception peut-être d’une reprise vocale qui clôt l’album et ouvre le discours dans un exercice que la firme new-yorkaise appréciait peu. Pour autant, l’album ne dépareille pas dans la discographie du pianiste français puisqu’il prolonge idéalement ses précédentes « Biches Bleues », notamment grâce à un artwork inspiré. Se faisant autant leader que pianiste, Florian Pellissier démontre ici un franc savoir-faire tout au long d’un disque conséquent qui me pousse une nouvelle fois à quitter la terre ferme donc pour plonger dans les eaux tumultueuses d’une musique aux caractéristiques et aux frontières bien marquées, une fois n’est pas coutume. Alors certes, par moments ça frotte un peu (je pense au « Out To Lunch » d’Eric Dolphy), et on sent comme une petite odeur de naphtaline qui se dégage de l’ensemble. Mais franchement, ne boudons pas notre plaisir de faire un bond dans l’espace et le temps. Alors fermez les yeux : vous êtes en 1958, et il vous a compris !

 

Les Masques Africains, extrait de « Cap De Bonne Espérance »


9 titres / 54 mn (Heavenly Sweetness) – Sortie le 04/03/2016

Florian Pellissier : Piano – Yoann Loustalot : Trompette, bugle – Christophe Panzani : Saxophone ténor – Yoni Zelnik : Contrebasse – David Georgelet : Batterie – Leron Thomas : Voix, trompette

En savoir plus : www.florianpellissierquintet.com


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