Manyfingers : The Spectacular Nowhere


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Pochette de The Spectacular Nowhere par ManyfingersLa lumière a une vitesse de 300 000 kilomètres par seconde, et cette vitesse est constante. À partir de là, Albert Einstein nous a raconté de bien belles histoires sur le temps. Notamment que si je suis dans un train en mouvement, mon temps n’est pas le même que celui du type debout sur le quai.

Quand le train pour Béthune (62) démarre de Lille, mon temps n’est plus celui de ma femme qui me fait signe de la main. Bien sûr, dans un TER, la démonstration n’est pas vraiment bluffante : il faudrait un moyen de transport bien plus rapide pour qu’une minute chez moi se mette à valoir 61 secondes ailleurs. Si vous dénichiez un vaisseau spatial capable d’accélérer continuellement, jusqu’à se rapprocher de la vitesse de la lumière et que vous décidiez de passer vos vacances sur Bételgeuse (c’est un exemple, pas d’affolement), qui est située à 500 années-lumière de Lesquin, il vous faudrait 12,11 années pour parvenir à destination. La durée terrestre pendant votre voyage aura elle été de 501,9 ans. Autant dire qu’avec cinq semaines de congés payés, c’est intéressant d’avoir un véhicule rapide. Je pourrais vous donner d’autres exemples, mais voilà : je suis un type du genre de la lumière, avec une vitesse constante d’une chronique par mois, et si je veux tenir le rythme, il va falloir passer à la vitesse supérieure, si je veux avoir le temps de répondre à votre question : Pourquoi ?

Pourquoi toutes ces simagrées relativistes dans une chronique musicale ? Premièrement, parce qu’à l’écoute du premier morceau de l’album de Manyfingers, « The Spectacular Nowhere », j’ai vu un train. Et deuxièmement, parce que non seulement j’avais la sensation d’être à bord, mais aussi d’être entré dans une autre temporalité. Le temps de celui qui écoute cet album ne semble plus être celui du type qui se contente de regarder la pochette (fort jolie par ailleurs). La plupart des morceaux de cet album semblent avoir, à l’écoute, une durée plus longue que leur minutage réel. Entièrement écrit et produit par Chris Cole, multi-instrumentiste et brillant rythmicien, le disque délivre des miniatures remarquablement arrangées (sophistiquées mais sans emphase), aux titres improbables (outre le morceau titre, The Dump Pickers Of Rainham ou Alone In My Bones, par exemple), aux décalages subtils, comme des petites horloges qui ne tournent plus tout à fait rond. Ici ou là, on a, dans d’autres articles, fait référence au rock progressif de l’école de Canterbury, à la fin des années soixante. Même s’il ne serait pas étonnant de trouver quelqu’un comme Robert Wyatt en invité, la filiation ne me semble pas si évidente. Peut-être parce que cette musique est finalement assez éloignée du rock. Ne laissez pas passer cet album : montez à bord. Le chien sent bien qu’il y a quelque chose de louche. Et il aboie. Mais la caravane passe.


Petit tour d’horizon de « The Spectacular Nowhere »


13 titres / 59 mn (Ici d’Ailleurs) – sortie le 11/05/2015

David Callahan : Voix – Peter Hollo : Violoncelle – Ida Alfstad : Voix – Barnaby Stradling : Basse – Louis Warynski : Violon – Chris Cole : Le reste

Produit par Chris Cole

En savoir plus : www.facebook.com/manyfingers


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