Daven Keller : ITV # 7

Daven Keller sortait au mois d’avril son troisième opus, « Réaction C », un disque résolument pop qui fait suite aux « Réaction A » et « Réaction B ». Avant l’été, nous avons eu envie de discuter avec l’artiste de ce qu’il est, de ce qu’il aime et de sa façon de travailler. Rencontre enrichissante avec un personnage très intéressant.

Pochette de Reaction C par Daven Keller

LVM : Peux-tu nous dire avec tes mots qui est Daven Keller ?

Daven Keller : En fait, j’avais déjà sorti deux albums sous mon vrai nom, Pierre Bondu. En 2008, j’avais envie de partir ailleurs au niveau de la forme et du fond artistique des disques, alors je me suis inventé un double, le bien nommé Daven Keller. Quant à l’idée du concept des « Réactions », il s’agit de pouvoir décider sur chaque album d’explorer une forme musicale que j’ai envie d’aborder. Chaque projet est censé être différent des autres, tout en leur étant relié, notamment par le titre.

Les trois albums « Réaction » sonnent en effet très différemment…

« Réaction B » était un disque instrumental, en quatuor à cordes, et pour le dernier c’est un peu un retour à la chanson chantée, au texte, à la voix et à tout ce que ça implique.

Cela représente-t-il donc ce qu’est Daven Keller aujourd’hui ?

J’aime bien l’idée que Schubert a fait autant de la musique symphonique que des quatuors à cordes ou des lieds. Vu le contexte commercial, je pense qu’on ne peut plus envisager les carrières comme on les envisageait auparavant. L’idée même de carrière me semble d’ailleurs révolue. Du coup, ce qui m’intéresse c’est d’éclater un peu les formes. Je suis un musicien qui aime plein de genres de musiques et ça me permet de ne pas me sentir obligé de faire de la chanson, d’autant plus que j’aime bien changer de chemin, j’aime bien le relief dans la vie en général et dans la musique en particulier. Enfin, le mot réaction c’est aussi l’anagramme de création. « Création » A, B, C et là j’ai donc commencé un peu à travailler sur le futur « Réaction D ».

Tu as joué longtemps avec Dominique A, tu as écrit pour Miossec ou Philippe Katerine, mais aussi à plusieurs reprises pour le cinéma. Est-ce que ça t’apporte quelque chose aujourd’hui ?

Toutes ces expériences t’apportent forcément quelque chose oui, tant au niveau humain que musical. Après ce n’est pas du tout la même approche que de composer une musique de film ou une chanson, ça n’implique pas les mêmes désirs, le même geste.

En fait tu as toujours navigué entre différents courants, différentes envies. D’une certaine manière, Daven Keller serait le fruit de ce qu’était alors Pierre Bondu ?

Complètement. Daven Keller sacralise en fait toutes les choses que j’avais envie de faire, mais pour lesquelles je n’avais pas encore trouvé de forme.

Et le fait d’avoir trouvé ton double t’a-t-il aidé à explorer certaines choses ?

Totalement, ça me libère en fait. Ça me permet de m’échapper de la chanson dite française. Je ne me suis jamais senti trop à l’aise avec ça – même si j’aime bien certains trucs de chanson française – et je Portrait de Daven Kellerme sens beaucoup plus pop. En France, où la chanson française marche beaucoup mieux, j’ai l’impression que la pop a toujours été un axe particulier, pas complètement lisible, mis à part peut-être Les Innocent, Les Rita Mitsouko ou Etienne Daho. Changer de nom m’a aussi permis d’aller vers la fiction, de ne pas être forcément dans le premier degré, ce qui était vraiment le cas sur le deuxième album de Pierre Bondu. Daven Keller, ce sont d’autres envies, une façon plus simple d’explorer des styles plus éclatés. Sur « Réaction C », je touche un peu à tout ce que j’aime, je touche surtout à ce que j’aime au moment où je le fais et ça ne me gêne pas de passer d’une bossa nova à une chanson comme Slogan qui est plus électro. C’est vraiment basé sur l’idée de s’amuser. En tout cas, je me suis amusé à faire ce disque.

Que lis-tu et qu’écoutes-tu ? Es-tu cinéphile ? Qu’est-ce qui alimente le monde de Daven Keller ?

Je ne suis pas un grand lecteur. Autour de moi, j’ai des amis qui s’enquillent deux livres par semaine mais ce n’est pas mon cas. Je suis plutôt quelqu’un qui picore, par phases, en lecture comme en musique. D’une manière générale, je suis assez touché par l’ensemble des disciplines artistiques : littérature donc, peinture, expos, cinéma, le spectre est très large. Musicalement parlant, c’est pareil. La musique a cela d’incroyable qu’elle est basée sur très peu de notes qui permettent pourtant d’ouvrir un champ des possibles simplement hallucinant. Il est assez difficile de dire ce que j’écoute car j’écoute beaucoup de choses différentes. Je viens du classique et c’est un peu ma maison. Ce que j’adore dans le classique, c’est ce mélange de rigueur et de fluidité qui se côtoient en permanence. C’est le cas dans la pop, mais pas dans toute la pop. Les Beatles par exemple sont pour moi un groupe pop typiquement classique. Leurs chansons paraissent très simples, mais dès qu’il s’agit de décortiquer un peu, de voir ce qu’il se passe au niveau du tissu mélodique, on se rend compte à quel point le rapport mélodie/harmonie est complexe. Je suis assez touché par ce genre d’orfèvrerie. Après j’aime aussi beaucoup des choses plus primitives, plus punk, comme Suicide par exemple.

Tu assures la réalisation et le montage des clips qui accompagnent l’album « Réaction C ». Était-ce une envie de travailler dans un maximum de directions ?

Au contraire. Pour les clips, j’avais envie de laisser des gens s’emparer de mes chansons. J’ai donc sollicité des gens autour de moi et en fait tout le monde était un peu pris. Du coup je me suis procuré une caméra, et je me suis dit « pourquoi pas essayer ». J’avais cette idée pour le clip de Slogan, où je joue de la batterie, je m’y suis mis un peu de façon hasardeuse au début et ça m’a plu. Du coup j’ai enchaîné avec un deuxième, puis un troisième, et finalement j’en ai fait huit. Je me suis d’ailleurs rendu compte que ça se rapprochait vraiment de la musique. Quand on fait du montage, il faut faire en sorte que tous les rushes qu’on met ensemble puissent interagir, il faut trouver des astuces pour que tout ça cohabite. Dans une fenêtre de montage, les rushes se déroulent de façon horizontale et on doit aussi les caler de façon verticale, c’est très proche de la musique. Les deux paramètres de la musique sont le contrepoint et l’harmonie, donc là aussi la verticalité et l’horizontalité des choses. Et puis surtout, je me suis dit qu’il me fallait des images. Aujourd’hui si tu n’as pas d’images ton disque ne se vend pas, c’est tout le paradoxe : pour écouter du son, il faut de l’image. De plus, j’aime beaucoup certaines choses en peinture, en arts plastiques et j’ai toujours eu ce complexe d’être vraiment très mauvais en dessin. Du coup, c’était peut-être une façon de rééquilibrer mon rapport à l’image (rires).


Le clip du single Slogan


Dans quelles conditions as-tu enregistré cet album ? Es-tu plutôt monomaniaque ou du genre à avoir plusieurs casseroles sur le feu ?

Je suis plutôt monomaniaque, et c’est la raison pour laquelle je n’ai pas du tout travaillé sur d’autres projets. Je voulais vraiment me concentrer sur celui-ci et j’ai besoin de beaucoup de concentration pour baigner dans le projet de façon entière. Tout ce qui se passe dans ma vie peut alimenter d’une manière ou d’une autre le disque. Je sais que certains arrivent très bien à gérer plusieurs choses en même temps, mais pour ma part, je veux avoir une acuité la plus développée possible. J’ai donc quasiment tout enregistré chez moi, j’ai joué de tous les instruments et suis allé en studio uniquement pour les voix et le mixage.

En travail, tu es plutôt boulimique ou plutôt cool ?

Quand je suis dans le projet, je travaille beaucoup, j’y mets beaucoup de rigueur. Je travaille plutôt le matin, j’ai besoin de m’aligner sur le rythme des gens qui ont un boulot plus « régulier ». J’aime bien m’aligner sur le rythme des ouvriers et d’ailleurs j’aime bien me sentir un peu comme un de ces ouvriers qui construit sa machine, super concentré. Après j’ai des phases plus cool en effet, où j’ai besoin de lâcher prise. Quand on fait tout tout seul, c’est bizarre car on passe d’un état de contrôle très puissant à un autre où il faut tout lâcher, on passe vraiment d’un extrême à l’autre et c’est un choc violent.

Parmi d’autres, le titre Cigarette a attiré mon attention. On a quelque chose de très proche de la musique répétitive…

Je voulais un truc très simple, une ligne de basse pour une chanson sur le pétard en fait (rires). Je fume juste de temps en temps aujourd’hui, et en soirées j’ai tendance à toujours taxer des clopes ou des pétards qui passent. Ça me faisait marrer de faire une chanson lancinante là-dessus – comme si j’avais l’esprit un peu embué – avec des accords très simples. On en revient à ce que je disais avant, flirter avec des chansons un peu complexes aux niveaux harmonique et mélodique comme Kamikaze, et les faire cohabiter avec des chansons beaucoup plus simples, plus minimales. Ça permettait d’élaborer un propos là aussi très simple, quelque chose de très répétitif, que ce soit dans la musique ou dans les paroles, puisqu’il n’y a qu’une phrase dans Cigarette. D’ailleurs j’ai fait un clip sur cette chanson.

Ah, je n’ai pas encore vu celui-là…

Je les distille petit à petit. Là on va bientôt mettre un troisième clip en ligne sur la chanson Éternel Éphémère, qui est un slow au milieu du disque. Et puisque je n’ai que ça comme cartouche pour défendre le disque, j’essaie de les garder un peu.

Justement, quels sont tes projets dans les mois à venir ?

À vrai dire, je m’arrête un peu car je suis fatigué. C’est sûrement le contrecoup du disque parce que ça m’a pris beaucoup d’énergie, alors je ne prévois rien. Je suis un peu dans une phase où je vis au jour le jour, je regarde la télé (rires)…


En savoir plus : www.facebook.com/davenkeller

Merci à Daven Keller & Pauline


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.