Ænim A

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Il était une fois une antilope haute sur pattes qui chevauchait les plaines touffues du plat pays qui était le sien. Qu’elle patrouille de jour ou de nuit, elle sortait toujours de sa tanière écouteurs vissés dans les oreilles, bouquin, carnet et stylo dégainables à tout moment d’un sac à dos dans les méandres duquel gisait tout un tas d’autres trucs encombrants mais sait-on jamais, un vieux jeu de cartes à moitié déchiré peut sauver une après-midi de lose avec les copains renards, un vieux billet d’avion pour Cracovie extrait d’une poche en même temps que quelques miettes de cupcakes et quelques coucougnous, être l’occasion de la replonger quelques instants dans des souvenirs estivaux heureux (l’antilope était plutôt du genre désordonnée et dans la lune). Le plus souvent, quand elle traversait la frontière, c’était pour aller voir les bovidés s’agripper à leurs platines ou s’échiner sur leurs instruments afin de les vider de leur substantifique moelle musicale et faire vibrer les salles, les caves, les hangars ou encore les prairies.

Tout a commencé à onze ans par un crush musical pour un certain JJG. Elle lui témoignait le même respect que celui que l’on aurait pour ce vieil oncle qui nous prenait sur ses genoux pour nous raconter des histoires. Puis, sans transition, elle avala la musique des hippotragues aux crinières épaisses et tout de noir vêtus, dont les cris perçants et gutturaux, les guitares rocailleuses ou les grosses caisses néo-métalliques résonnaient de plein fouet en ces débuts de nouveau millénaire. Les hippotragues prodiguaient cette niaque capable de faire se sentir toute puissante n’importe quelle jeune antilope, tout en faisant écho aux recoins les plus sombres d’elle-même que cette époque charnière venait soudainement de révéler – tendre époque où l’on joue avec les étiquettes mais que l’on traverse sans trop comprendre, comme un pygmée au milieu des allées d’un Walmart. C’est à ce moment que notre petite mammifère ruminante fit ses premiers concerts, expériences fortes qui l’ont fait glisser dans la marmite de l’électro avec tout ce que ce genre contient de variations et de déclinaisons, de caresses auditives et de tabassages mentaux, de promesses d’exploration des émotions, d’expiation des passions et de méditations.

Si aujourd’hui elle a du mal à décoller ses oreilles des enceintes percutant parfois l’air jusqu’à 150 BPM, elle affirme tenir pour originellement responsable la musique dub de son besoin d’écumer les festivals durant l’été. Quand elle ne part pas en quête d’une terre capable d’accueillir les vibrations tribales nécessaires à la survie de son espèce, elle reste confinée dans son petit nid perché quelque part sur l’île capitale des Hauts de France, fantasme sur des images de lieux abandonnés ou inexplorés, matte des South Park, tourne des pages et fait courir ses longues pattes sur sa guitare et sur sa basse. Tout comme l’écriture, la musique reste pour elle un outil. Ainsi elle s’abreuve du répertoire entier de « Tool » comme un chevreau au lait de sa mère en priant le Dieu du 4ème art de ne pas la rappeler à lui avant de lui avoir offert leur prochain album tant attendu et une performance live sur un plateau.

Alors vous toutes, petites oreilles curieuses qui passez ici, n’oubliez jamais que quand la musique est bonne (quand elle ne triche pas), on ne vend pas la musique : on la partage. Que la musique, c’est du bruit qui pense. Que les voies de la musique sont mystérieuses, mais que celle-ci adoucit les consciences. Spiral out, keep going !

Mon univers :
  • Un film : « The Big Lebowski » de Joel et Ethan Coen (1998)
  • Un disque : « Lateralus » de Tool (2001)
  • Un livre : « 1Q84  » de Haruki Murakami (2009)
  • Une douceur : Chiller dans mon canapé devant Around The World In A Tea Daze de Shpongle remixé par Ott

 


Mes 5 dernières chroniques :

 

Ænim A remercie maman antilope, papa antilope, son holy bro, son ami chat, son ami renard, sa blonde et sa brune, ses amies biches, ses amis loups, Haruki Murakami from Japan, les angelenois Tool qui ne sont pas des anges from « this hopeless f**king hole we call L.A. », les veilleurs grâce à qui Ænim A peut se disperser sur ces pages, ainsi que tout le bestiaire qui a contribué à éveiller ses petites oreilles curieuses…